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Exigeons une réhabilitation collective des fusilles pour l'exemple

Publié le par Patrick Kaczmarek

Le 5 juin 2013 s’est tenu un rassemblement de deux cents personnalités venues d’horizons divers à la bourse du travail de Paris pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple de la « Grande Guerre ». Ces dernières années le 11 novembre est prétexte à des initiatives allant dans ce sens soutenues par dix-huit conseils généraux et de nombreux conseils municipaux. On dénombre plus de soixante cinq manifestations en France.

Réhabilitation collective et non juridique. Juridique, c’est du cas par cas voué à l’usure procédurière au fil des années, car plus de 20% des dossiers des Conseils de Guerre ont été détruits, car il n’y a plus aucun témoin de ces actes, car les dossiers qui restent ont tous été constitués à charge par les fusilleurs.

Collective par ce qu’il est impossible de différencier les cas des fusillés. Il faut appliquer le principe qu’il vaut mieux un coupable en liberté qu’un innocent condamné…. parce que ces assassinats ont été perpétrés par la France pour terroriser la conscience collective des troupes sur le front.

Grâce aux campagnes menées après la guerre, des condamnations ont déjà été levées, comme celle des «caporaux de Souain » dont l'instituteur Théophile Maupas, défendu avec opiniâtreté par sa veuve, Blanche Maupas. Mais beaucoup d'autres cas sont restés dans l'ombre et nombre d'injustices n'ont pas été réparées. Comme pour Jean Chapelant, sous-lieutenant de 23 ans ramené blessé dans ses lignes, en octobre 1914 dans la Somme, accusé de « capitulation en rase campagne », condamné à mort et fusillé, attaché sur un brancard. Ou Léonard Leymarie, soldat du 305e régiment d'infanterie, condamné à mort et fusillé dans l'Aisne en décembre 1914, pour mutilation volontaire et abandon de poste, alors que des témoignages indiquaient qu'il avait été blessé à la main à son poste de guetteur dans une tranchée.
Des familles demandent que la lumière soit faite sur le sort d'ancêtres qui d'après un fichier établi par l'administration des Anciens combattants, n'ont pas eu droit à la mention « mort pour la France ».

En 14-18 la vie d’un homme ne valait pas tripette. Les fusillés pour rien ne sont pas oubliés de leur famille, leurs blessures ne sont pas refermées, elles en font une question de justice. Entre septembre 1914 et septembre 1918 les conseils de guerre de l’armée française auraient prononcé deux mille quatre cents condamnations dont six cent soixante quinze furent effectives, les autres commuées en bagne. N’oublier pas les fusillés sans comparution que l’on sélectionnait en prenant un sur dix après les avoir mis en rang : les sinistres « décimations ». L’Italie a fait mieux sept cent cinquante exécutés, la Grande-Bretagne trois cents, l’Allemagne quarante huit chiffre qui est certainement minoré, le Reich ne retenant que l’hypothèse de l’armée vaillante combattante jusqu’au bout et ne pouvant être défaite que par la supériorité numérique et matérielle de l’ennemi. Ce qui ne doit absolument pas minimiser la sensibilité allemande anti-guerre quantitativement et qualitativement non négligeable révélé par des travaux d’historiens récemment publiés (se référer aux initiatives du mémorial de Péronne 80).

Il est proposé que la réhabilitation soit politique et affirmée par une déclaration du président de la République. Nous devons faire nôtre cette proposition. Dans une lettre adressée le 1er mars 2013, le président du Conseil général de l’Aisne, Yves Daudigny, invite le président de la République aux cérémonies du 11 novembre 2013 au Chemin des dames. La déclaration solennelle pour « une réhabilitation morale, civique ou citoyenne » des fusillés pourrait très bien jaillir ce jour-là.

Cent ans après les faits, après les discours de Lionel Jospin et de Nicolas Sarkozy, à l’instar du Royaume-Uni, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, il faut maintenant franchir un pas vers la réhabilitation collective et l’inscription sur les monuments aux Morts. Sans cela, il n’y aura pas de véritable réintégration de ces soldats dans notre mémoire collective. Il existe une majorité au Parlement pour cela. Monsieur le Président, encore un effort vous qui avez voté en tant que Président du Conseil général un vœu qui le demandait !

La première fois qu'un Premier ministre, Lionel Jospin, l'avait exprimée, en 1998, elle avait suscité de vives polémiques. Depuis, dans son discours de Douaumont le 11 novembre 2008, le président Sarkozy l'a reprise en partie à son compte, et, un an plus tard, à l'Arc de Triomphe, il a évoqué de nouveau les « fusillés pour l'exemple qui attendent encore qu'on leur rende justice ». Sarkozy à la limite de lui-même a concédé « que beaucoup alors ils ne s’étaient pas déshonorés »… mais « étaient allés à l’extrême limite de leur force ». Lionel Jospin dix ans plus tôt à Craonne avait affirmé que « les fusillés par l’exemple devaient réintégrer notre mémoire collective nationale. Le 1er octobre 2013, un comité d’historiens présidé par Antoine Prost a planché pour le gouvernement sur le sujet et a remis au ministre Kader Arif en préconisant « une déclaration solennelle éventuellement renforcée d’un projet pédagogique ». Si ce rapport est une bonne synthèse historique et évoque l’ensemble des possibilités en affirmant qu’il faut faire quelque chose, il semble écarter toute réhabilitation collective au nom de « la défense nationale » sans parler de la caricature qui consiste à identifier les soldats qui subirent les tranchées à … Mata Hari.

Il évoque une réhabilitation générale de tous les fusillés, même des condamnés de droit commun. «Une solution inenvisageable», estime pour sa part l'UNC (Union nationale des combattants). «Sur les monuments aux morts, les noms de violeurs seraient alors au côté des noms de soldats morts pour la France. C'est impensable», indique son directeur, le général Schmitt, qui soutient une autre piste: la réhabilitation au cas par cas. Mais cette solution se heurte à l'état incomplet des archives militaires.

L'autre possibilité qui semble avoir la préférence du groupe d'historiens serait : «Déclarer que ces soldats sont, eux aussi, d'une certaine façon, mots pour la France ce qui constituerait une réhabilitation morale, civique ou citoyenne». Or pour le Comité national d'entente, qui, fédérant plusieurs associations civiles et militaires, est hostile à toute forme de réhabilitation, ces 600 hommes «ont fléchi». «On peut le comprendre mais ne pas l'admettre. Ceux-là ne sont pas morts pour la France», assure son responsable, le général Delort.

En fait, ils tentent d’escamoter la problématique. Cent ans après, il faut taire l’absurdité de la guerre et protéger coûte que coûte la grande muette, la logique des conseils de guerre et l’arbitraire militaire. Il est évident que tout est fait pour brouiller le débat en osant même parler de réhabilitation de droit commun. Non ces fusillés n’étaient pas en quelque sorte ordinaires et qui auraient eu un jour un moment de faiblesse ou de ras le bol comme le prétend le rapport. Ils ont été assassinés par la France pour terroriser la conscience collective…. La Ligue des Droits de l’Homme et la Libre Pensée ont rappelé que cette question a constitué leur grand débat historique après celui de la réhabilitation de Dreyfus. L’enjeu idéologique est exacerbé dans ce débat « on peut le comprendre mais pas l’admettre. Ceux là ne sont pas morts pour la France » ose assurer le général de corps d’armée Delort responsable du Comité National d’Entente qui souhaite qu'un plus large consensus se fasse au Parlement autour de l'idée maîtresse de rendre hommage le 11 novembre à tous les Morts pour la France, projet qu’il propose depuis 13 mois. Il rappelle une fois de plus qu’il demande aucune suppression de commémorations existantes.

Très attentif aux travaux des parlementaires le Comité d'entente élargi, encourage la représentation nationale à donner, à l'occasion du vote de cette loi, un exemple du rassemblement des Français dans l'hommage aux Morts pour la France, tombés pour sa défense, pour la Liberté, et dans l'exécution des missions de la République. »

Un groupe de députés a déposé le 24 janvier 2012 une loi " relative à la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple de la guerre de 1914-1918 ".

Cette proposition de loi déposée est notamment portée par Jean-Jacques Candelier, député du Nord et secrétaire de la commission de la défense nationale et des forces armées (Gauche démocrate et républicaine), qui s'était opposé à la tribune au projet présidentiel de transformation des cérémonies du 11 novembre en une journée de commémoration de l'ensemble des morts pour la France. Ce qui signifie qu'on mélange dans cet hommage d'une part les poilus et tous les soldats du contingent, victimes de guerres imposées par le talon de fer du Capital, avec, d'autre part, par exemple, les soldats de métier, qui ont servi et servent à maintenir l'ordre colonialiste, ainsi que le capitalisme dont il procède, sans oublier toutes les idéologies religieuses qui l'assortissent.

Exiger la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple est un devoir pacifiste. Des pétitions circulent. Leur nom doit figurer sur les monuments morts de nos communes. Nos députés doivent interpeller le Président. Ce combat n’est pas d’arrière garde ou passéiste. Il éclaire nos consciences sur les « Sentiers de la Gloire ».

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ADRESSE DE Marc BLONDEL, Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée

Publié le par Patrick Kaczmarek

Je partage, avec le Président de la République, le camarade François Hollande, le fait d’avoir eu comme grand-père un poilu de la guerre 14/18, au demeurant cela n’est guère original compte tenu de l’ampleur du conflit et de la mobilisation générale qui en a découlé. Qui n’a pas eu un grand-père poilu ?

Il m’arrive de rappeler que lors de sa disparition, j’ai, à sa demande, dans son délire, assisté mon grand-père qui était sourd et invalide, il me prenait pour le brancardier qui l’avait dégagé du front lorsqu’il avait sauté sur une mine et me demandait de l’aider ; image de cauchemar.

On n’oublie pas ses souvenirs d’enfance, d’autant que la génération suivante, celle de mon père et de mon oncle, a été marquée par la détention en camp de déportation en Allemagne.

J’en ai gardé, consciemment et inconsciemment, une adversité militante contre la guerre dont, pour ma part, j’ai directement été victime pour avoir passé ma jeunesse en France occupée dans le Pas-de-Calais.

C’est cet atavisme qui m’a conduit dans mes engagements, moi petit-fils de « rouge » comme disait le grand-père, avec cette notion de patriotisme, courant dans cette région.

Cette notion de patriotisme, que les pays utilisent pour faire marcher la troupe ; « on croit se battre pour sa patrie et on meurt pour les industriels », disait Anatole France.

C’est donc dans cet état d’esprit que j’ai accepté, à la demande de mes camarades, la responsabilité de Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée. J’ai soutenu et essayé de développer une revendication qui était née du comportement des Généraux dans ce conflit.

Il s’agissait de rendre la dignité aux fusillés pour l’exemple, 2500 ayant fait l’objet de condamnations à mort par des tribunaux d’exception, où les dossiers furent exclusivement à charge puisqu’il s’agissait de faire des exemples.

650 furent exécutés et encore, en ne tenant pas compte des exécutions sommaires, sous des prétextes les plus fallacieux, voire des assassinats effectués sur le champ, après tirage au sort, des victimes.

Le dossier a fait l’objet de nombreuses publications voire de films et de chansons. L’opinion publique est régulièrement sensibilisée.

Situation dramatique, des soldats français ont été tués par des balles françaises ! De quoi ébranler tous les patriotismes du monde.

Ainsi, avec le soutien de nombreuses organisations : la Ligue des Droits de l’Homme, l’ARAC, l’Union Pacifiste de France, le Mouvement de la Paix et la Fédération des Anciens Combattants, nous organisons, le 11 novembre, des manifestations devant les monuments aux morts pacifistes pour réclamer que justice soit faite et que la réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple soit décidée et annoncée par le chef de l’Etat ?

Il y aura 100 manifestations cette année.

Cette action a été supporté par différents élus républicains dont 23 conseils généraux –dont celui de la Corrèze- et 3 conseils régionaux.

Elle gagne, maintenant, certaines organisations syndicale –CGT et FORCE OUVRIERE- qui rappellent le sacrifice des ouvriers et travailleurs durant la dite guerre.

En qualité de Président de la République, nous espérions que celui-ci se souvienne de ses engagements d’élu départemental lors de la présentation des travaux pour le centième anniversaire de la guerre. Nous espérons dans sa fidélité à Jean Jaurès. Or, celui-ci a pris l’engagement d’instaurer un monument particulier à la mémoire des fusillés. En dehors du fait qu’il s’agit d’une singularisation, cela ne répond pas à la revendication de réhabilitation qui est la seule qui permette de placer les victimes comme des victimes de la guerre, car tel est l’objectif : condamner la guerre pour ce qu’elle a comme données barbares, dire que les hommes sont incapables de prévoir leur comportement dans des conditions autoritaires et barbares, que nous n’avons pas tous vocation à être des héros.

Faudra-t-il que sur ce monument on indique : mort pour la France.

Complémentairement, j’indiquerai que de nombreux pays belligérants, l’Angleterre, la Nouvelle Zélande, le Canada, ont, dans des formes juridiques applicables à leur pays, décidé de cette réhabilitation.

Nous attendons donc du Président qu’il prenne ses responsabilités et qu’il évite l’esquive qui fut celle de son prédécesseur. Nous rappelons qu’il est censé être le chef des armées et qu’en régime républicain celles-ci doivent être soumises à l’autorité publique.

Il est évident qu’à l’occasion du centenaire, nous mobiliserons pour faire connaître aux citoyens –et notamment aux plus jeunes- ce que la barbarie et l’obscurantisme des États-majors peuvent provoquer comme désastres humains.

Plus généralement à l’heure des conflits larvés, la France ne pourrait que s’enorgueillir de s’affirmer le pays de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la paix.

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Vote, lutte de classe, grande banlieue et Front National...

Publié le par Patrick Kaczmarek

Le Monde 6 novembre 2013

On est passé d'un vote de classe à un vote privatif "

Pour le politologue Luc Rouban, la génération ou le patrimoine pèsent davantage qu'il y a vingt-cinq ans

Perte de repères, affaissement des corps intermédiaires, divorce entre le " peuple " et les " élites "... Les mots se succèdent pour décrire un malaise social et politique qui, par son ampleur et sa nature, est pour le moins difficile à appréhender. Une étude du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) vient apporter un éclairage sur la mécanique à l'oeuvre.

Son auteur, Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS, a analysé et comparé, à partir des réponses fournies par un panel de 6 000 personnes, les variables explicatives du vote au second tour des élections présidentielles de 1988 et 2012. Le résultat : en un quart de siècle, sous l'effet de la crise et de la fragmentation de l'univers professionnel, on est passé d'un " vote de classe " à un " vote privatif ". Avec des conséquences en cascade : syndicats et partis déboussolés, de plus en plus d'électeurs " hors-jeu ", privatisation des thèmes dominants du débat public...

Quels sont les principaux enseignements de votre étude ?

La comparaison de la présidentielle de 2012 avec celle de 1988 montre qu'en vingt-cinq ans, les marqueurs classiques du " vote de classe ", comme la catégorie socioprofessionnelle ou le statut économique (actif ou inactif, salarié du privé ou du public, etc.), ont perdu beaucoup de leur pouvoir explicatif ou prédictif sur le vote, au profit de variables que j'appelle " privatives ", comme la religion, la génération ou le patrimoine. Au total, il apparaît que les grilles de lecture reposant sur la seule situation socioprofessionnelle ne permettent plus ni d'appréhender ni de rendre compte de la vie politique.

Comment expliquez-vous cette évolution ?

Cela peut s'expliquer tout d'abord par les effets de la crise économique qui pousse à penser en termes de patrimoine ou de génération dans un contexte où une grande partie des Français craignent ou observent une mobilité sociale descendante au sein de leur propre famille. La peur de l'insécurité sociale conduit à réaffirmer les solidarités mécaniques décrites par le sociologue Emile Durkheim. L'autre facteur me paraît lié à la fragmentation des univers professionnels. Dans de nombreux secteurs, des ouvriers aux cadres en passant par les fonctionnaires, on observe un sentiment de dépossession face à un travail " managérialisé " et soumis à des normes abstraites. Les identités professionnelles se décomposent et de nombreuses anciennes " catégories " ne sont plus que des coquilles vides.

Comment peut-on alors encore décrire la société ?

Il semble que l'on soit confronté à une société de plus en plus opaque, contrairement aux idées reçues sur la transparence qui serait nourrie par la communication ou les réseaux sociaux. La privatisation du vote, c'est le jeu des stratégies cachées et socialement peu avouables. C'est la partie émergée de l'iceberg sous laquelle on devine, sans pouvoir vraiment les rationaliser, tous les calculs personnels qui conduisent au vote.

Le délitement du raisonnement catégoriel pose donc un vrai problème à la science politique mais aussi aux acteurs politiques. Les syndicats n'arrivent plus à parler aux salariés. Les partis républicains qui se sont construits comme l'émanation de catégories sociales professionnelles précises (le PCF et le monde ouvrier, le PS et les enseignants, l'UMP et les professions libérales ou les cadres du privé) perdent leurs clientèles électorales et se professionnalisent, devenant des partis attrape-tout aux frontières idéologiques floues. Le décalage entre l'offre et la demande politique conduit à voir grandir la proportion d'électeurs atypiques ou dont le comportement est difficile à prévoir selon les grilles de lecture classiques.

Le débat politique reflète-t-il ces variables " privatives " ?

Récemment, plusieurs terrains de débat politique sont venus illustrer cette évolution. C'est vrai de la question de l'islam qui remplace peu à peu celle de l'immigration, de la laïcité dans les services publics, ou encore de la réforme des retraites qui vient alimenter l'opposition entre des personnes âgées qui ont pu se constituer un patrimoine et des jeunes en situation de précarité. L'émergence du nouveau thème de la " révolte fiscale " et des menaces qui pèsent sur les patrimoines et leur transmission (le cas le plus topique étant celui des cotisations sociales sur les assurances-vie) en est aussi le reflet.

L'influence croissante du FN est-elle liée à ces évolutions ?

Le succès actuel du Front national peut se comprendre au regard de cette anomie politique qui s'étend à mesure qu'une part croissante des électeurs semble hors-jeu ou hors-système. Les analyses électorales révèlent d'ailleurs toute une " périphérie " statistique plus ou moins atypique, qui ne trouve pas de place dans la restitution très normée de la vie sociale.

Le FN s'est fait précisément le champion des oubliés, des laissés-pour-compte de la politique ordinaire. Son électorat est d'ailleurs composite, fait de jeunes précaires, de personnes sans patrimoine, de chômeurs mais aussi de petits fonctionnaires rejetant le communautarisme, d'électeurs qui ne votaient plus ou qui cherchent " autre chose ". L'évocation de la mémoire nationale rejoint ici le thème générationnel mais aussi celui de l'identité religieuse de la France. Le privatif appelle l'affectif. Au-delà de la question économique, un espace théorique sur la question du rapport au politique s'est donc ouvert où il a pu s'élancer.

Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon

En Ile-de-France, le désarroi des " oubliés " de la zone 5

ILS SONT les Franciliens de " la frange ", les abonnés de la zone 5 des réseaux de transports en commun, des urbains chassés du centre de la métropole par un prix de l'immobilier galopant. La dynamique économique de la capitale, les projets d'investissements pour des infrastructures structurantes comme le réseau de métro Grand Paris, le projet de loi de métropolisation de la capitale, " nous ne faisons que les regarder ", regrette François Roger, maire socialiste de Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne), 6 500 habitants. La capitale avance, " mais nous avons le sentiment d'être laissés sur le bord de la route ", appuie Jean-Michel Levesque (Val-d'Oise), maire UMP d'Osny, 16 000 habitants. " Nous ne sommes dans rien ", résume abruptement Olivier Legois, maire centriste de Dourdan (Essonne), 10 000 habitants.

Situées à quelques dizaines de kilomètres de Paris, ces villes ont vu leur démographie bondir depuis le milieu des années 1980. Pour accueillir et maintenir sur leurs territoires ces nouveaux habitants, les élus ont réalisé ou adapté des équipements. Crèches, centres de loisirs, terrains de sport, centres culturels... " Les habitants exigent d'avoir le même niveau de service qu'à Paris ", souligne le maire de Champagne-sur-Seine.

" Un citron qui est vidé "

Dans le contexte d'un Etat exsangue, l'effort budgétaire de 1,5 milliard d'euros réclamé par le gouvernement aux collectivités territoriales se traduira par une baisse des investissements des communes. L'entretien de la voirie, les manifestations culturelles, les équipements sportifs, l'environnement seront les premières cibles d'économies des maires, selon une enquête de l'Association des petites villes de France (APVF), publiée le 29 octobre.

Parallèlement, la Cour des comptes, dans un rapport sur les finances des collectivités territoriales publié en octobre, engage les élus locaux à contrôler davantage leurs dépenses de fonctionnement. " Mais on ne peut pas presser un citron qui est vidé. C'est quoi nos marges de manoeuvre, quand 95 % de nos dépenses sont incompressibles ? ", interroge Philippe Rio, maire communiste de Grigny (Essonne), 26 000 habitants. Dans cette ville pauvre, surendettée, " les jeunes n'ont ici plus de rêves, plus d'espoir. Mais nous sommes sans marge financière pour maintenir une politique locale. La fracture territoriale ne cesse de se creuser ", déplore-t-il. Son confrère UMP d'Osny ne dit rien de différent : " Comment maintenir un budget de fonctionnement alors que nous avons serré tous les boulons, et poursuivre une politique locale qui apportera des solutions à ceux qui sont en difficulté ? "

Pour beaucoup d'élus, le rappel à l'orthodoxie budgétaire des magistrats de la Cour des comptes agace. " Je les invite dans ma municipalité et qu'ils m'indiquent où ils voient de la gabegie de deniers publics ! ", lance Jean-Michel Morer, maire socialiste de Trilport (Seine-et-Marne), 5 000 habitants. " L'Etat me contraint à mettre en place la réforme des rythmes scolaires, je dois également financer une police municipale et batailler seul pour protéger des zones agricoles contre des constructions illégales. On ne cesse de charger notre barque tout en nous enlevant toujours plus de moyens. "

Les territoires périurbains de l'Ile-de-France figurent parmi les plus fragiles, soulignent leurs édiles. A cinq mois des municipales, les conséquences pourraient se payer. " Les jeunes qui n'ont pas de boulot finissent par voter FN ", avertit Jacques Profit, maire divers gauche de Fontenay-Trésigny, 5 000 habitants (Seine-et-Marne).

" Mener sur ce territoire une politique locale, c'est mener la guerre au sentiment de déclassement, poursuit Jean-Michel Morer. La capacité d'écoute, d'action et la proximité du maire et de ses services sont la dernière digue de cohésion sociale. Le FN l'a très bien compris. En 2012, Marine Le Pen en campagne est venue à Trilport soutenir des facteurs dont les postes étaient menacés. Elle a parlé proximité et service public. C'est très habile. " La candidate du FN a recueilli plus de 22 % des voix à Trilport lors de la présidentielle.

" La France de la périphérie ne doit pas être une terre de relégation ", conclut le maire socialiste de Trilport.

Eric Nunès

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réhabilitation des fusillés pour l'exemple

Publié le par Patrick Kaczmarek

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LA JEUNESSE CONTRE LES EXPULSIONS

Publié le par Patrick Kaczmarek

Venez distribuer un tract (voir ci-dessous) et vous entretenir avec les festivaliers,

vendredi 8 novembre de 19h à 20h, devant la Maison de la Culture d’Amiens, place Léon Gontier,

à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du 33ème festival du film international d’Amiens, histoire de redire notre opposition aux expulsions des étrangers

tract : Il faut entendre la jeunesse : retour des expulsés, régularisation !

Face aux inadmissibles expulsions de jeunes scolarisés auxquelles le gouvernement a procédé ces deniers mois, il est hors de question d'accepter que la scolarité d'élèves soit saccagée par des décisions injustes, arbitraires et brutales. Tout élève doit pouvoir mener sa scolarité à terme, quels que soient sa nationalité, son statut ou celui de ses parents. La disparition d'un élève, capturé dans le cadre scolaire ou ailleurs, est un événement intolérable.

Au plan national, le RESF, mais aussi la FIDL, l’UNL, Solidaires Étudiants, l’UNEF, la FSU, la CGT-Éduc'action, SUD Éducation, le GISTI, la LDH, La Voix des Rroms, les JC, exigent le retour des élèves expulsés avec leurs familles: de Khatchik, lycéen parisien expulsé en Arménie, de Léonarda avec toute sa famille, expulsées au Kosovo, mais aussi de Cheikh Kouyate, lycéen de Crest (Drome) expulsé au Mali en juin, de David Victor, élève malgache de BTS au lycée L. Rascol d'Albi expulsé en mai, de Dreini Kalanderi, élève kosovar du lycée d'Audincourt expulsé en octobre…

Au plan départemental, l’UNEF avec le soutien du RESF de la Somme exige que les familles ayant une « Obligation à Quitter le Territoire Français », telles les familles Bakoyan, Barsérian, Chukhlantsev, Gasparyan, Hanoyan, Jalilyan, Kanoyan Matévosyan, Ohanyan, Ousoyan, Shirvanyan, Sloyan, Soev…, dont leurs enfants sont également scolarisés dans les écoles, collèges et lycées amiénois, puissent ne pas être expulsées, mais régularisées…

Plus encore, nous demandons au Préfet de la Somme et de la Picardie de surseoir à l’expulsion en Géorgie de Lasha KHOUTISHVILI, actuellement en rétention depuis le 6 novembre 2013 à côté de l’aéroport de Roissy, d’Abdelouahab KHATALI, actuellement en « Obligation de Quitter le Territoire Français » et obligé de pointer hebdomadairement, en ce mois de novembre, au commissariat d’Amiens. Ces jeunes personnes, tout comme Telman KANOYAN et Mohamed BACAR, ont la possibilité de suivre une formation d’apprentis qui leur donnerait un travail assuré et de s’insérer durablement au sein du département de la Somme…

Un changement profond de la politique migratoire menée depuis des années par les gouvernements successifs est indispensable. Nous exigeons un changement de loi afin que l'expulsion des jeunes en parcours de formation (apprentis, lycéens, étudiants...) ne soit plus possible. Leur régularisation, comme celle des familles d'enfants mineurs, doit être la règle.

Tél. RESF : 06 40 37 87 37 Courriel : resfsomme@gmail.com Site : www.educationsansfrontieres.org Permanence : mercredi 17 h 30, salle Dewailly à Amiens

Réseau Education Sans Frontières de la Somme: LDH, Sud-Education, FCPE, Léo-Lagrange, Entraide protestante, FSU, CGT-Educ, SGEN-CFDT, UNSA-Education, Union départe-mentale CGT, Union syndicale Solidaires, Unef, Asma, Union pour la dignité des chômeurs, Attac, Confédération paysanne, Ligue de l'enseignement, Mouvement de la paix, Théâtre Charnière, Femmes solidaires, Association Vie brisée, Association de lutte contre l’illettrisme Cardan, Espéranto 80, Femmes en mouvement, Théâtre les Ben'arts, Artistes et intermittents du spectacle en lutte, Cemea, EMF, Fédération syndicale étudiante, journal Fakir, Cimade, Sud-Santé, Asso Faites de la résistance, Asso d’Ethno-psychanalyse, Nouvelle Afrique, Théâtre La Roue libre, Asso générale des étudiants de Picardie, Asso Culture, animation, prévention, sports, Asso Défense Enfants International, Asso Cap-Vert, Asso « Bulles de théâtre ».

Compte Rendu de la mobilisation de l’UNEF, des J.C avec le RESF de la Somme du 5 novembre

Merci aux jeunes, citoyens venus d’Amiens certes mais aussi d’Abbeville (LDH) et de Beauvais (LDH).

Un certain nombre de prise de parole ont été faite (voir en pièce jointe) inspiré des textes de François Debary (metteur en scène du « Théâtre Charnière »), de Jean Michel Bavard du RESF de Beauvais (intitulé Léonarda) , et de Jean Paul Lefort député honoraire, fils de Manouche (intitulé Manuel souviens-t’en ! ) . Merci à eux…

Lors de l’audience à la préfecture en présence du directeur de cabinet et son adjoint, Lauranne, Zoé et Ségolène de l’UNEF et des J.C, avec Bertille du RESF et Didier CARDON, Vice Président du Conseil Régional de Picardie et par ailleurs proviseur du Lycée Luzarches d’Amiens ont eu l’occasion de réaffirmer, leur vive émotion devant les expulsions, leur volonté de ne pas voir expulsé d’autres familles, notamment les treize familles et leurs enfants (voir en pièce jointe).

Pour les lycéens et les étudiants majeurs, la délégation a réaffirmé la nécessité d’avoir les mêmes droits au titre de la santé et du financement des études… Didier CARDON a rappelé son incompréhension devant le refus de travail et du droit à l’apprentissage des étrangers de la part de la préfecture alors qu’il y a un besoin de spécialistes en « tuyauteurs-soudeurs » en Picardie : Telman Kanoyan, Mohamed Bacar, Lasha Khoutishvili (en rétention depuis le 6 novembre pour une possible expulsion) sont candidats à cette formation et le préfet reste silencieux ! Pire, Abdelouahab Khatali, titulaire d’un diplôme d’électricien, régularisé depuis 2008, s’est vu infligé d’une « obligation à quitter le territoire français » parce qu’il travaillait en restauration pour le moment…

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PCF_Inter_-_Newsletter_2_novembre

Publié le par Patrick Kaczmarek

À 40 ans du coup d'État contre le gouvernement de l'Unité populaire du socialisme démocratique au laboratoire néolibéral. Conférence débat avec Olivier Compagnon, historien, rédacteur en chef des Cahiers des Amériques Latines, Pierre Laurent secrétaire national du PCF.

Sur le site pcf.fr

Otage du Niger : le PCF salue le courage des otages libérés et de leur familles

Nos compatriotes Pierre Legrand, Marc Feret, Thierry Dol et Daniel Larribe, enlevés le 16 septembre 2010 au Niger, sont désormais libres et de retour en France. Le PCF se réjouit de leur libération et leur adresse toutes ses amitiés en leur souhaitant la bienvenue au pays. Nous saluons le courage qui fut le leur et celui de leurs familles et proches, tous extrêmement éprouvés par cette épreuve inhumaine.

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Colonies/Palestine : Le PCF condamne l'attitude et l'action du gouvernement Netanyahou

Le gouvernement israélien préfère le chaos, la guerre totale, à toute paix négociée. C'est ce qu'il faut comprendre de cet acharnement à, simultanément, concéder de rares libérations de prisonniers politiques palestiniens, et annoncer et entreprendre des milliers de constructions nouvelles dans les colonies. C'est claquer la porte du dialogue quand on a feint de l'accepter.

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Entrave à la liberté de la presse, une arme de guerre

Publié le par Patrick Kaczmarek


COMMUNIQUE DE PRESSE


Entrave à la liberté de la presse : une arme de guerre



Une nouvelle fois, la profession de journaliste paie un lourd tribut à la guerre. Nos pensées vont d'abord à Ghislaine Dupont et à Claude Verlon, ainsi qu'à leurs familles, leurs amis, et leurs collègues.

Les deux journalistes de Radio France Internationale sont morts animés par la conviction que la liberté de l’information et d'investigation est un vecteur de paix telle que définie par les Nations Unies dans les huit domaines de la culture de paix.

En effet, malgré l’intervention militaire française, la situation au Mali est très loin d'être stabilisée et le retour à la démocratie reste fragile et soumis à de nombreux aléas. Ce drame doit avant tout mettre en lumière tout ce qu'il reste à gagner pour la paix au Mali : démilitarisation et mise en place urgente de forces onusiennes, démocratisation, respect des droits, consolidation du droit des femmes, développement économique et social.

La garantie de la libre circulation de l’information doit être une priorité, y compris pour les représentants de la république Française que sont les forces armées présentes sur place.

Les journalistes doivent pouvoir exercer leur profession ; le peuple malien doit être protégé. Le Mouvement de la paix les assure de sa solidarité, convaincu qu’ils sont les acteurs essentiels aux côtés des forces onusiennes sur la voie de la pacification.


Le Mouvement de la Paix
Saint-Ouen, le 6 novembre 2013




Contact :

Guillaume du Souich : nouss@mvtpaix.org - 06 81 64 74 52

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La France otage de l’uranium, combustible nucléaire.

Publié le par Patrick Kaczmarek


Communiqué de presse


La France otage de l’uranium, combustible nucléaire.


Deux événements récents dans l’actualité (la libération des otages, et l’assassinat de deux journalistes) mettent en lumière les relations que la France entretient avec le Mali et le Niger

Les 4 otages français Pierre Legrand, Marc Feret, Thierry Dol et Daniel Larribe, enlevés au Niger le 16 septembre 2010 par AQMI ont été libérés. A ce premier événement le MAN (Mouvement pour une Alternative Non-violente) ne peut que se réjouir.
Deux journalistes de Radio France internationale (RFI), Ghislaine Dupont et Claude Verlon, ont été assassinés dans le nord du Mali, samedi 2 novembre, par un groupe d'hommes armés qui venait de les enlever, alors qu'ils effectuaient un reportage à Kidal. A ce deuxième événement le MAN ne peut que s’attrister et compatir à la douleur de leurs familles.

Cependant au delà de l’émotion qui a accompagné ces deux nouvelles, le MAN souhaite apporter quelques éléments d’analyse.

La prise d’otage de salariés des grandes sociétés françaises Vinci et Areva est liée à l’exploitation de l’uranium pour l’énergie nucléaire française. Au Niger le groupe français Areva a produit l’an dernier 37% de ses 9760 tonnes d’uranium avec une rentabilité non négligeable puisque cette activité a rapporté 352 millions d’euros de résultats opérationnels, sans que les compensations pour les populations soient le moins du monde à la hauteur des profits engrangés par cette société.

La libération des otages est intervenue au moment crucial où le Niger (qui a pris une part importante dans les négociations pour la libération des otages) et Areva ne parviennent pas à s’accorder sur le renouvellement de certaines concessions qui permettent à la société française d’exploiter l’uranium nigérien.

Dans cette région du monde où la majorité de la population est pauvre, d’énormes sommes d’argent sont en jeu. Au-delà des contreparties de la libération des otages qui ne peuvent manquer d’avoir été données, et qui, de fait, participent au financement du terrorisme, il faut savoir qu’Areva a reconnu avoir offert 35 millions d’euros au gouvernement du Niger pour renforcer la sécurité de l’extraction de l’uranium. Les attentats du 23 mai dernier avaient fait une vingtaine de morts à Agadez et à Arlit sur le site exploité par Areva où les otages avaient été kidnappés.

La présence d’Areva, (l’intervention de l’armée française au Mali voisin, aurait-elle eu lieu sans l’exploitation de l’uranium par cette société française ?) augmente l’instabilité de cette région du monde et le risque d’actes de terrorisme. L’assassinat des journalistes français en est hélas un triste exemple. Un véritable jeu d’échec sanglant se déroule actuellement dans le Nord du Mali. Cette région reste très instable, attentats et attaques se multipliant à l’approche des élections législatives, dont le premier tour est prévu le 24 novembre.

Tout cela est lié en partie à l’entêtement du gouvernement français à poursuivre la filière nucléaire. Contrairement à ce que veut faire croire le puissant lobby pro-nucléaire, l’énergie nucléaire française n’est ni indépendante, ni sûre.

Le MAN réitère son opposition au nucléaire civil et militaire.
De la mine aux déchets, disons non au nucléaire civil et militaire !

Paris le 5 novembre 2013,

Pour le MAN
Yvette BAILLY
Porte-parole
01 45 44 48 25

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