HOMMAGE A JEAN CATELAS DISCOURS DE CATHERINE VIEU CHARRIER
Chers camarades de la fédération de la Somme,
Mesdames, messieurs,
Chers amis, chers camarades,
Lorsqu’en 1941, Jean Catelas, député communiste fut guillotiné par le gouvernement de Pétain, je n’étais pas née.
Ma génération et celles qui suivent, n’en finissent pas de prendre conscience de qui ont été ces femmes et ces hommes, leur courage, leur intelligence politique, la manière dont ils ont servi leur idéal et leur pays.
En préparant ce discours, j’ai beaucoup lu sur Jean Catelas, j’ai regardé le film réalisé par Jean-Pierre Denne, Daniel Arrachart et Pascal crépin, que vous connaissez sans doute, pour la plupart d’entre vous.
J’ai essayé de m’imprégner de cette histoire, et je dois dire, que quand je fais cela, que je rentre dans la vie de ses camarades, que ce soit pour Catelas ou pour d’autres, puisque je suis responsable à la mémoire à la direction du Parti et à la Mairie de paris, je suis encore plus fière d’être communiste.
Au nom du Parti Communiste français et de sa secrétaire nationale, Marie-Georges Buffet, je veux donc rendre hommage à cette haute personnalité qu’était Jean Catelas.
68 ans après son exécution, vous êtes toujours fidèles, et vous revenez chaque année redire qui était Jean Catelas, son œuvre, son courage. Et c’est très important.
Jean Catelas fut un héros de la classe ouvrière. Tout son itinéraire le prouve.
C’était un militant communiste engagé, plein du courage politique nécessaire pour changer un monde injuste et dur au monde ouvrier.
Il naît le 6 mai 1894 dans une famille d’ouvriers agricoles.
Il commence donc sa vie dans un siècle immense, qui va voir des progrès fulgurants se réaliser et des tragédies mondiales.
Les ténèbres et la lumière.
La guerre de 1914 d’abord, qui va plonger le début du siècle dans une boucherie épouvantable, guerre au service de la grande bourgeoisie française et allemande, qui fera des millions de victimes.
Puis en 1917, la Révolution Russe vient bousculer l’Europe et suscite un espoir immense pour les peuples : l’idéal du communisme, d’un autre monde, d’une société où la classe ouvrière relève la tête et mène son propre destin.
Jean Catelas a alors 23 ans, il est soldat dans les tranchées. Courageux il se verra décerner la croix de guerre et la médaille militaire.
Il a déjà derrière lui, une expérience d’ouvrier spécialisé bonnetier dans une usine où il est entré à 12 ans, après le certificat d’études.
Dans la boue des tranchées il va rencontrer parmi ses compagnons, des militants syndicalistes et politiques.
C’est l’occasion d’une prise de conscience qui va façonner son engagement et sa détermination à changer le monde.
Il s’y emploiera infatigablement tout au long de sa vie.
De retour à la vie civile, il entre dans la grande famille des cheminots et décide de se syndiquer à la CGT.
En 1920, il participe à la grande grève des cheminots, devient le secrétaire du syndicat des cheminots, crée un journal communiste local, « le travailleur », et devient l’ardent défenseur de l’unité syndicale. J’y reviendrai.
Son charisme, sa droiture, son militantisme sont reconnus immédiatement par ses camarades et au-delà.
Jean Catelas va prendre toute son envergure dans ces années 20 et il entre au Parti Communiste à l’issue du Congrès de Tours.
Les années 30 sont décisives. Elles sont à la fois les années de la montée du fascisme intérieur, et celles qui voient la classe ouvrière arriver au premier rang de l’Histoire, et réaliser sa convergence avec tout le peuple travailleur et les intellectuels.
En 1933 Catelas participe à la grande marche contre la faim en créant des comités unissant les chômeurs et les ouvriers.
1934 et le combat contre les ligues fascistes, complices de la grande bourgeoisie.
1936 et le Front Populaire, avec les ouvriers en casquettes qui relèvent la tête.
Ces ouvriers qui luttent, et exigent du gouvernement de Léon Blum, qu’ils viennent d’élire, et des patrons, des augmentations de salaire, le droit incroyable de partir en vacances avec les congés payés, des délégués dans les entreprises pour les représenter.
Et plus que tout cela encore, la dignité et le respect.
Jean Catelas joue un rôle immense au moment du front populaire, puisqu’il se présente aux élections et qu’il est élu député communiste en 1936 dans une circonscription difficile. Son camarade Louis Prod est élu lui aussi dans une circonscription voisine.
Cette double élection va entraîner des scènes de liesse populaire mémorables dans Amiens.
C’est la fierté d’un peuple qui voit les siens entrer à l’Assemblée nationale avec leur idéal communiste.
Dans la foulée, Jean Catelas entre au comité central du parti Communiste.
Mais les heures sombrent reviennent, plus fort encore.
La république espagnole est à l’agonie, l’Italie est fasciste, l’Allemagne est devenue nazie.
Jean Catelas joue dans cette période un rôle de premier plan.
Il s’engage dans Brigades Internationales, il accueillera en France Dolorès Ibarruri, il est présent sur le front de l’Ebre et surtout, il va jouer un rôle de premier plan dans l’exfiltration de la Pasionaria, de l’Espagne vers l’Algérie, avant que celle-ci ne prenne la route d’un long exil vers Moscou.
En 1939, le Parti communiste est interdit au nom du soutien du pacte germano-soviétique, par ceux la même, qui rejoindront en grande partie, Pétain, Laval et la collaboration. Beaucoup de militants communistes sont arrêtes ainsi que 43 de leurs députés.
Jean Catelas entre dans la clandestinité.
Puis viennent la guerre et la défaite de 1940. C’est la France des années noires, celle de la capitulation, du régime de Vichy, de la collaboration et de la déportation.
Après l'entrée des Allemands dans Paris le 14 juin 1940, Jean Catelas participe aux négociations visant à faire reparaître l'Humanité, bien qu'étant à titre personnel en désaccord avec cette initiative.
Je veux dire un mot sur cet épisode.
Je voudrais souligner pour les jeunes générations, que ce fut une grave erreur.
Jean Catelas en était lui-même conscient.
Car, franchement, avait il la moindre illusion sur ses interlocuteurs allemands ? Tout son passé prouve le contraire. L’application de ce choix n’a duré que quelques semaines, du 16 juillet au 5 août 1940.
Cette faute, dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies a été effacée par des années de combats, et je pense ici aux dizaines de milliers de nos camarades fusillés, morts au combat ou en déportation.
Jean Catelas est resté meurtri par cette affaire jusqu’à son exécution en 1941.
Cela m’amène à parler des choix.
Quand on y pense, il y a toujours ce choix des révolutionnaires, de ceux qui veulent changer la société, que Jean Jaurès a magnifiquement citée :
« Chercher la vérité et avoir le courage de combattre pour elle. »
Ce n’est pas toujours facile.
C’est un chemin escarpé, pas toujours compris.
Aujourd’hui, on pourrait penser que les choses, à l’époque étaient plus claires dans la brutalité de l’affrontement avec le capitalisme, la guerre, le fascisme.
Mais, le Front Populaire était il acquis par exemple. Pas si sûr que ça.
Et la Résistance ? On sait bien que là non plus ce ne fut pas simple.
Le Parti Communiste comme organisation politique a pris une place toute particulière dès 1940, comme on le voit par exemple avec l’Affiche Rouge.
Avant la grande convergence de 1943, avec les autres organisations et réseaux de tous courants de pensée politique, notamment les forces rassemblées derrière le Général de Gaulle.
Convergence qui débouchera sur la libération de la France et le programme du Conseil National de la Résistance.
Aujourd’hui, dans la crise profonde que nous vivons, où tant de repères sont brouillés, (crise du capitalisme, de la politique, de la société) il y a un énorme effort à faire, pour rendre clairs les causes de cette crise, rendre clairs les intérêts de classe, du monde du travail, de l’ouvrier, à la majorité des salariés et des chômeurs.
On se suicide à France Télécom, mais aussi chez les ingénieurs du centre d’essai de Renault.
Je voudrais citer aussi, parmi les attaques qui nous demanderont de nouveaux combats, la réforme des collectivités territoriales, qui entre autre, supprimera 500 000 élus locaux, au nom de la modernisation de la vie administrative de notre pays.
C’est une agression directe contre les acquis de plusieurs siècles de construction de la vie démocratique dans les communes, les cantons, les conseils généraux, et les circonscriptions.
Bref, de tout ce qui a fait jaillir de la France populaire, des hommes et des femmes engagés, des Jean Catelas, des Louis Prod.
De quelque façon, c’est le même combat, et l’honneur des héritiers de Jean Catelas et du Parti Communiste, c’est de tenir leur place, toute leur place, dans ce courage dont parlait Jaurès, la recherche de la vérité et le combat pour elle.
Jean Catelas fait partie de ces gens qui ont contribué à construire ces grandes réformes comme la création de la sécurité sociale, les droits à la retraite, les nationalisations, les libertés syndicales, qui 70 ans après, sont encore au cœur de l’affrontement de classe.
Cet aspect de son engagement est particulièrement d’actualité à un moment où le MEDEF en appelle à la liquidation des acquis de la Libération, et où le gouvernement conduit une offensive d’ampleur contre les salariés et leurs droits.
Jean Catelas était aussi l’homme du rassemblement. Que ce soit dans le monde syndical, ou en politique, il a toujours oeuvré à réaliser l’unité des travailleurs.
C’était un homme convaincu que le rassemblement est un élément déterminant du succès.
Là encore, l’actualité sociale fourmille d’exemples de la pertinence de cette idée du rassemblement.
Enfin, il était un pragmatique et un visionnaire.
Pragmatique, car il partait du réel, de la misère qu’il voyait autour de lui, et cette pensée de l’unité étaient marquée du sceau de l’intérêt général pour la classe ouvrière et pour le peuple.
L’Unité : Je veux en dire un mot.
Ce mot, Catelas l’a chéri, il en a fait son étendard.
Là encore, au-delà des différences d’époques, ce sont bien les mêmes problèmes qui nous sont posés.
L’Unité, c’est obligatoirement, la confrontation certes amicale, mais ferme, dans la gauche.
Ces forces de gauche, le NPA, le PS, le PCF, le PG, ne font pas au départ, les mêmes analyses sur la société, sur les solutions, sur les objectifs immédiats ou d’avenir.
C’était vrai avec d’autres, en 1930, en 1940, dans la Résistance, dans les guerres coloniales ou dans la guerre froide.
Il a bien fallu pourtant que se dégage un chemin. Et là, c’est l’intelligence des peuples et de leurs luttes qui dégagent ce chemin.
Cela, Jean Catelas l’avait compris.
Nous, qui sommes les héritiers de Catelas, nous sommes porteurs, au Parti Communiste d’idées, de solutions, et nous en débattons avec ceux avec qui veulent avec nous l’entente, devant le Peuple.
Nous avons une confiance illimitée, malgré toutes les difficultés, dans les travailleurs de ce pays, dans les progressistes, dans le monde de gauche, en restant nous même.
Et ça n’est pas si facile.
Ni la droite, ni l’extrême droite n’auront le dernier mot dans les affrontements actuels, entre les forces du capitalisme, et les idées de transformation sociale dont nous sommes porteurs, nous, les communistes.
Jean Catelas, et ses camarades ont rêvé de changer le monde, ils y ont contribué.
Jean Catelas est mort en criant Vive la France et en chantant la Marseillaise.
Avant de mourir, il avait écrit ceci à sa femme :
« A toi, ma chère femme, mes baisers les plus tendres,
A mes enfants ma tendresse, celle d’un père,
A ma famille, mon nom, celui d’un martyr assassiné,
A mon Parti, ma vie. »
Pour moi militante communiste, pour nous tous ici, le respect, la fidélité à ces géants comme Jean Catelas, à ceux qui disparaissent, derniers témoins d’une époque, tout cela nous aide à être plus forts dans les combats d’aujourd’hui.
Nous ne laisserons pas disparaître ce à quoi ils ont cru, ce pourquoi Jean Catelas est mort.