50 personnes dont une dizaine de personnes hors mouvement.
Très bon débat. Convivialité et horaires respectés au rendez vous.
Ci joints les 3 interventions (la mienne, celle de Kevin Martin from USA et de Claude Ruelland) que je vous communique maintenant, partant en voyage aussitôt après le congrès et jusqu'au 8
décembre inclus
Introduction au débat du Forum décentralisé « Commerce des armes »
« Les armes ne sont pas une marchandises comme les autres »
Saint Ouen jeudi 10 novembre 2011.
Bonjour à tous,
Président du Mouvement de la Paix en Seine Saint Denis, je suis particulièrement heureux de vous souhaitez la bienvenue dans notre département.
Bienvenue à Kevin Martin venu des USA pour participer demain au 2ème Forum pour la Paix et les deux jours
suivants au Congrès du Mouvement de la Paix à Paris. Nous n’avons malheureusement pas de nouvelles de l’ami russe invité. Quant à Jacques Ndour, du Sénégal, il avait annoncé sa venue, mais le
décès d’un de ses neveux et d’un cousin et les graves blessures de son jeune frère dans un accident de voiture lui ont fait décidé de rester auprès de sa famille. Ce qu’on comprend.
Cinq villes de l’Ile de France vont pouvoir cependant profiter ce soir de la venue d’amis d’autres pays pour débattre de sujets éminemment important pour la
Paix :
- « Gagner l’abolition des armes nucléaires » à Vitry sur Seine
- « La culture de la Paix » à Villejuif dans le Val de Marne
- « Construire la Paix au Proche-Orient » à Achères dans les Yvelines
- « 60ans d’OTAN, ça suffit » à Nanterre dans les Hauts de Seine
- Démocratie et besoin de liberté : quels enseignements du printemps arabe ? à Bezon dans le Val d’Oise
- Gagner l’abolition des armes nucléaires à Vitry dans le Val de Marne
- Et « les armes ne sont pas une marchandise, stoppons leur commerce» ici à Saint Ouen en Seine Saint Denis.
Je salue les deux intervenants présents ici ce soir parmi nous que je vous demande d’accueillir par vos bravos :
- Kevin MARTIN, directeur de Peace Action venant des USA
- Claude RUELLAND, Membre du bureau national du Mouvement de la Paix de France, en charge de la commission commerce des armes.
Le débat sera animé et traduit par Ben Cramer, rédacteur en chef de Planète Paix.
Nous avons devant nous des militants de la Paix dont les pays sont les 1er, et quatrième vendeurs d’armes au monde.
Les militants du Mouvement de la Paix de la Seine Saint Denis sont fiers de leur département, terre de tradition ouvrière qui accueille des personnes venant de tous
les pays du monde. Ils viennent, en premier lieu, à la recherche d’un meilleur avenir, mais aussi pour fuir les violences engendrées par les guerres
de toutes sortes.
Cependant, tous les deux ans, c’est ici, en Seine Saint Denis à Villepinte que se tient le Salon français des armes. On y trouve de tout pour tuer son
prochain : armes lourdes et armes légères. Nous luttons pour la fermeture du salon français des armes, car les armes ne sont pas une marchandise comme les autres.
Il y a tellement de besoins urgents pour les hommes, les femmes, les enfants de la Seine Saint Denis. Il y a tellement de besoins urgents pour les hommes, les
femmes, les enfants de la planète.
Au moment où une crise financière engendrant une crise économique qui dévaste le monde et que le capitalisme veut faire payer aux peuples, les dépenses militaires progressent jusqu’à des sommets seulement atteints en pleine guerre froide.
Les chiffres communiqués chaque année par l’organisme suédois mondialement reconnu SIPRI (1) font froid dans le
dos.
En 2002, les dépenses militaires mondiales étaient de 850 milliard de $.
En 2010, elles atteignent le chiffre astronomique de 1630 milliards de $.
Les dépenses militaires mondiales ont quasiment doublé en 8 ans.
Il n’y a pas d’argent pour garantir les droits à la santé, à l’éducation, à l’emploi, à la culture, à l’eau, au logement, à la nutrition et à la paix.
Mais les gouvernants à la remorque des multinationales et de la finance en trouvent beaucoup pour conserver leurs privilèges et leur pouvoir, pour gagner toujours
plus. Pour cela, ils utilisent la force économique, mais aussi la force militaire. Ainsi, les 5 membres permanents du conseil de sécurité de l’Onu représentent 61, 5 % des dépenses militaires
mondiales et le « Top 15 » : 82,3% !!
Les dépenses militaires mondiales donnent une idée des choix contre lesquels luttent les pacifistes aux USA, en Russie, au Sénégal, en France et dans de nombreux pays du monde. Ce sont les productions et les achats d’armes. C’est le coût de l’armement : Combien ça coûte aux nations et surtout
aux peuples ?
Avec le sujet du débat de ce soir, nous nous centrerons sur les ventes d’armes, car des pays font des armes une marchandise comme une autre. C’est strictement ce
qu’a déclaré le ministre français de la défense, Monsieur Hervé Morin, le 19 octobre au matin sur la radio France Inter « Pour sortir de la crise, la France a des atouts disait-il :
l’aéronautique, la mode, les produits de luxe et les armes ». Ce soir, nous abordons donc, l’aspect du profit tiré de l’armement. Vendre des armes, ça rapporte !
Grâce à l’action des pacifistes, la production, mais aussi la vente des armes stratégiques, de destruction massives – nucléaires, chimiques, bactériologiques,
le commerce des armes lourdes, mais surtout des armes légères ont fait l’objet de traités, d’accords, de convention. Dans chaque pays et souvent
ensemble, nous luttons pour leur application et leur extension.
Nous ne pourrons pas aborder de manière détaillée toutes les problématiques liées aux ventes d’armes. Dans un instant les intervenants vont nous communiquer leur
analyse et leur expérience de lutte.
Je veux souligner quelques points qui suscitent nos interrogations.
En 2009, le classement mondial des pays vendeurs d’armes s’établit comme suit : en premier USA 52% de part de marché, en second Grande Bretagne 13%, en
troisième Russie 8%, en 4ème France 7%. Cependant, cette analyse cache mal les vrais profiteurs de celles-ci. En France, par exemple, près de 95% des ventes sont réalisées par des
entreprises privées.
Que les armes soient fabriquées dans des arsenaux d’Etat ou par des entreprises privées, nous condamnons leur commerce. Mais le contrôle citoyen a encore moins de
chance de s’exercer si elles sont produites et vendues par un capitaliste industriel. Qu’en pensez-vous ?
La question de la traçabilité des ventes d’armes se pose avec force. Les multinationales du commerce des armes - le plus souvent d’ailleurs facilité par les Etats – jouissent d’une liberté
totale. Officiellement, elles ne se préoccupent pas de la destination finale de leurs armes. Aucune « morale » ne vient contrebalancé leur recherche de profit à tous prix. La guerre est
un commerce. Nous, nous disons que « les armes ne sont pas une marchandise ». Qu’en pensez-vous ?
Bien pire, on assiste aujourd’hui au développement de milices militaires privées, embauchant des mercenaires sans foi ni loi afin de les mettre au service
d’objectifs qui servent l’argent. Pour mettre la main sur les richesses minières, agricoles ou énergétiques qu’ils convoitent, leur donneur d’ordre sont prêts à tout. D’où viennent les armes de
ces milices militaires ? Comment interdire le commerce les armes ?
Nous avons conscience de poser des questions difficiles. Merci pour les éléments de réponse que vous pourrez nous donner. Nous sommes ici tous en recherche et nous
voulons apprendre les uns des autres et soutenir la lutte des uns et des autres, car nous avons un but commun : la Paix pour tous les hommes.
J’invite l’animateur et les deux intervenants de ce soir à prendre la parole.
Ensuite, c’est vous, dans la salle, qui pourrez poser des questions ou apporter votre analyse. Bonne
soirée.
Pierre FLAMENT.
Pierre m’a demandé de consacrer ces quelques mots d’introduction à la catégorie des armes lourdes. Tout en partageant quelques données les concernant, je proposerai
au débat des pistes de réponses et de nouvelles questions.
L’exportation d’armements est pour l’essentiel, le fait d’entreprises privées, sous le contrôle des grandes
puissances : les USA (30%), la Russie (25 %), l’Allemagne (9,5 %), la France (8,5 %), le RU (4,3 %). La Grèce était encore en 4ème
position des Etats importateurs pour les années 2004-2008.
I- Commençons par cette question du contrôle puisque c’est la première question qui nous est posée à propos
des armes (je cite): « fabriquées par les arsenaux de l’Etat ou par des entreprises privées,
nous condamnons leur commerce. Mais le contrôle citoyen a encore moins de chance de s’exercer si elles sont produites et vendues par un capitaliste industriel. Qu’en
pensez-vous ? »
Nous verrons plus loin si nous devons « condamner leur commerce ». Ce qui est certain, c’est que le commerce
des armes n’est pas une activité commerciale comme les autres. La question porte sur le contrôle citoyen, mais d’abord, contrôler
quoi ? Je ne vois qu’une seule réponse : contrôler le respect effectif des règles inscrites dans les textes du droit international. Mais, de quoi est fait ce Droit
International ?
Il y a d’abord les textes qui établissent les droits universels :
L’article 1 de la Charte des Nations Unies stipule que leur
premier but est de« maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre les mesures collectives efficaces en vue de
prévenir et d’écarter les menaces à la paix …»…
L’article 28 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme définit ainsi le Droit de l’Homme à la paix, sans le désigner comme tel : « Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan
social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet ».
A cette fin, lutter contre la prolifération des armes est un objectif aujourd’hui largement reconnu, y compris par
ceux qui prônent le soutien gouvernemental à nos exportations d’armements.
Il y a aussi les textes réglementaires :
Actuellement, les textes qui réglementent les transferts d’armes ont pour seul objectif de « limiter le risque qu’elles soient utilisées pour commettre des violations des droits humains et du droit international humanitaire ou qu’elles entravent le
développement socio-économique d’un pays ou d’une région ».
a)
En 1998, l’Union européenne a adopté un « Code de conduite en matière d’exportations d’armement », visant d’une part, à promouvoir
la transparence et la responsabilité des États membres dans les transferts d’armes et
d’autre part, l’harmonisation de leurs politiques dans ce domaine.
Fin 2008, le Code de conduite a été transformé en une « Position commune » qui lui donnait un
caractère juridiquement contraignant. Cette Position commune détaille notamment huit
critères de décision, que les États membres s’engagent à respecter lors de l’examen des demandes d’exportations d’armement :
b) L’arrangement de Wassenaar et
Le Registre des Nations unies sont des instruments internationaux au service de la
transparence, la seule obligation étant de notifier les transferts d'armes.
Naturellement c’est important de réglementer ce commerce et de se doter de moyens de contrôle car les marchands d’armes se considèrent comme de simples hommes
d’affaires qui vendent leurs marchandises selon les usages commerciaux, point de vue conforté par la tenue de salons de l’armement. Ils considèrent que l’utilisation de leurs produits et les
résultats qu’ils peuvent provoquer ne les concernent pas plus, par exemple, que s’ils vendaient des automobiles.
Mais n’est-ce pas naïf ou hypocrite de croire à cet objectif ? Surtout dans la mesure où les règles existantes en matière d’exportation restent encore si peu
homogènes et contraignantes ! Cela laisse une grande marge de manœuvre aux responsables des transferts d’armes qui sont peu soucieux de leurs impacts en termes de droits humains (ou trop
soucieux de profiter d’un commerce juteux !).
C’est une observation de bon sens de constater qu’en dépit de ces « codes de conduite », des populations entières continuent à payer un lourd tribut dans
les conflits en cours parce que les chaînes d’approvisionnement d’équipements militaires, qui ne relèvent pas uniquement du commerce illicite, continuent à alimenter les guerres et que des armes
continuent à être vendues à des gouvernements répressifs (Tunisie, Egypte et Libye jusqu’au 26 février 2011, Syrie (mai 2011), Yémen …), aux clans en luttes armées pour le pouvoir (Côte
d’Ivoire). Le rapport d’Amnesty International du 19 octobre 2011 fait état des contrats d'armements conclus depuis 2005 avec le Bahreïn, l'Egypte, le Yémen, la Libye et la Syrie. Il décrit la
façon dont ces pays ont été approvisionnés en armement tout au long de ces années, par une dizaine de pays notamment par la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, la Bulgarie, la Russie, ou
encore le Qatar, et la Chine. Bref, le contrôle se révèle être un paravent cachant les pratiques gouvernementales peu avouables.
Quid du contrôle citoyen dans ces conditions ? Ce domaine, plus que tout autre, devrait être sous contrôle démocratique et citoyen. Or il l’est encore moins
que les autres, certains disent « pas du tout » (Jean Guisnel, auteur de « Armes de corruption massive » La découverte). Suffirait-il que toutes les entreprises de production
d’armes soient des entreprises d’Etat pour qu’un contrôle citoyen soit rendu possible? Néanmoins je me prononce pour leur nationalisation pour
plusieurs raisons que je vais exposer dans ma 2ème partie.
A condition que les conditions soient réalisées, je pense que ce contrôle citoyen ne pourra se faire qu’au travers de médiations, celle des parlementaires au plan
national et régional (européen), et, au plan international, celle des institutions internationales chargées de veiller au respect du Droit, par le moyen d’agences telles que l’AIEA ou
l’Observatoire des mines, structure non officielle émanant de la société civile, créé en 1998 pour surveiller la mise en œuvre de la Convention d’Ottawa et reconnue aujourd’hui comme le régime de
surveillance de facto de cette Convention..
II- Deuxième question de Pierre : nous disons « Les armes ne sont
pas des marchandises ». Qu’en pensez-vous ?
Pour notre ancien ministre de la défenses, en tout cas, elles sont des marchandises comme les autres quand il annonce en 2007 « le soutien aux exportations d’équipements de défense et de sécurité comme l’une des priorités de son ministère…
dans le respect de notre politique de contrôle et de lutte contre la prolifération » (évidemment), arguant que « plus que jamais, les exportations de défense sont nécessaires pour conforter la base industrielle et technologique de notre pays et préserver nos
emplois », à quoi il ajoutait en présentant le projet de loi de finance 2011 que, dans un « marché mondial de l’armement qui reste dynamique…, la France continue de consolider son
statut de grande puissance exportatrice, essentiel pour la pérennité de son industrie de défense… avec en 2009 une augmentation de plus de 20% sur 2008 et de 40% sur 2007 … grâce à la
simplification et la fluidification des mesures de contrôle … et la dynamisation des mécanismes de soutien… visant à conquérir de nouveaux marchés à
l’exportation » !
Pourtant, si nous partons de la mission première des armées : la défense du territoire, la sécurité des habitants et l’indépendance nationale, et tant que nous
estimerons que des armes sont indispensables pour remplir cette mission ne devons-nous pas considérer que ce doit être un coût assumé par les citoyens ? Je ne vois pas comment on peut
justifier que des personnes privées, capitaines d’entreprises ou actionnaires, fassent des profits sur ce service public de défense nationale. A partir du moment où on nie aux entreprises
d’armements la vocation à générer des profits, cela n’implique-t-il pas bien évidemment leur reprise en main par la nation ? Le message que nous devons porter n’est-t-il pas que,
non seulement ce n’est pas un commerce comme les autres, que non seulement les armes ne sont pas des marchandises comme les autres, mais « que dorénavant elles ne devront plus être traitées comme des marchandises » et que la nationalisation des entreprises d’armement s’impose
donc.
N’est-il pas cohérent de se donner alors comme objectif la fermeture des salons de l’armement, et en premier celui d’Eurosatory ?
Mais des questions nous sont posées : Le mot d’ordre de fermeture
des salons de l’armement ne risque-t-il pas d’être contreproductif (Renforcement de l’opacité du commerce des armes…,)? N’est-ce pas un mot d’ordre racoleur adopté sans l’avoir préalablement
mis suffisamment en question ? Il faut en discuter.
III- Dernière question un peu modifiée : faut-il interdire le commerce des armes ? Et, si oui,
comment ?
Reste la possibilité de transferts d’armements d’Etat à Etat. Par delà le contrôle strict de ces transferts pour s’assurer du respect des règles reconnues,
ne faut-il pas viser son interdiction complète ?
Lorsque nous avançons cet objectif, on nous objecte aussi et surtout la question de l’emploi, et de nouvelles
questions nous sont posées : Interdire le commerce des armes, n’est-ce pas laisser des états et des peuples désarmés face à leurs
agresseurs ? N’est-ce pas aussi réserver les armes aux pays producteurs d’armes et, par contre coup, inciter les pays pauvres à produire leurs armes ? L’interdiction du commerce des
armes ne conduirait-elle pas les peuples les plus faibles à être sous la domination des pays producteurs d’armes et ne renforcerait-elle pas les inégalités entre le Nord et le Sud ?
Je reste convaincu que c’est l’horizon souhaitable de nos mobilisations, et que cet objectif ne sera accessible que lorsque la communauté internationale partagera
la volonté de démilitariser les relations internationales, une révolution conceptuelle substituant une culture de paix à la culture de guerre comme cadre de pensée.
Venons-en à la question du comment :
A cause des questions évoquées auparavant, il ne me semble pas possible de penser l’interdiction du commerce des armes en dehors d’un processus de désarmement
concernant tous les types d’armes.
Ne pourrait-elle pas être l’étape finale d’un processus pensé en analogie avec ce qui s’est fait ou se prépare dans d’autres domaines ? Quelques
pistes :
1. première
étape : réduction des dépenses militaires avec l’arrêt de toutes politique de recherche et de production d’armes nouvelles et
2. étape
suivante : un programme de destruction progressive et contrôlée des armes sous l’égide de l’ONU, en développant une industrie du désarmement.
3. engagement des
Etats dotés d’une industrie de l’armement de ne jamais s’en prendre militairement à un Etat non doté.
4. …
Conformément à la Charte, la sécurité des nations et l’indépendance des Etats seraient alors garanties par les Nations Unies et de ses agences régionales telles que
l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe).
Contributions pour le Mouvement de la Paix en Seine Saint Denis Forum de la Paix 10 Novembre --Kevin Martin, executive director, Peace Action, USA
Je remercie le Mouvement de la Paix en Seine Saint Denis qui me permet de parler à ce forum ce soir. Action
Paix travaille depuis longtemps avec le Mouvement de la Paix sur des projets communs liés à la paix et au désarmement. Ceci inclut le formidable travail que nous avons fait ensemble, pendant la
Conférence des Parties chargées d’examiner le Traité sur la Non-prolifération des armes Nucléaires aux Nations Unies, à New York en 2010. Mais c’est la première fois que je viens en France en
tant qu’invité du Mouvement de la Paix et je vous en suis très reconnaissant.
Lorsqu’on pense à la prolifération des armes aux Etats-Unis, que les officiels gouvernementaux et les
fabricants d’armes eux-mêmes essayent de justifier d’une façon ou d’une autre, je suis tombé sur cette citation d’Albert Camus. Je pense qu’elle convient parfaitement : ‘’Par définition, un
gouvernement n’a pas de conscience. Parfois il a une politique, mais rien de plus.’’
Les Etats-Unis sont depuis longtemps le pays numéro un de la planète pour la vente des armes – mes excuses au
monde pour cela - et en ce moment ils représentent environ le tiers du commerce international des armes. Ensemble les Etats-Unis et la Russie
totalisent juste un peu plus de la moitié, en rajoutant la France on arrive à 60% de la totalité mondiale. Mais où en sommes-nous en ce qui concerne
l’éducation, les soins de santé et les autres mesures de sécurité des collectivités ?
D’après l’Index de Paix Global de Vision de l’Humanité
(GPI) qui prend en compte les guerres, les dépenses militaires, la paix intérieure et les dépenses pour
les besoins humains et les dépenses pour les pratiques écologiquement durables la France se trouve en 36ème position, les Etats-Unis en
82ème position et la Russie à la 147ème.
Sur un total de 153 pays l’Afghanistan est situé au 150ème rang, l’Irak au 152ème. Il est clair que les
guerres des Etats-Unis/de l’OTAN dans ces pays ont été des échecs lamentables mis à part le fait qu’elles ont servi à un enrichissement perpétuel de la machine de guerre.
Cela met en évidence le besoin qu’il y a de nous les pacifistes, de notre travail pour construire une culture
de paix, redéfinir le sens du mot sécurité par ‘’sécurité humaine’’ au lieu de toujours de plus en plus d’armes.
Le commerce des armes aux Etats-Unis est bien sûr très
contre productif, en termes d’’’effet boomerang’’ – dans chaque conflit armé récent remontant au moins à deux décennies les forces armées américaines se sont retrouvées face à des adversaires
équipés avec des armes US, soit en provenance directe de ventes d’armes américaines dans le passé, ou bien à travers le marché noir international.
On dirait que les Etats-Unis n’apprennent rien de leurs erreurs du passé et qu’ils continuent à vendre ou à
donner des armes à, entre autres pays, Israël, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Koweït et même Bahreïn maintenant, sans se soucier de savoir si ces armes aide à enflammer la région
du Moyen-Orient et comment ces armes sont utilisées pour opprimer et tuer les populations locales. Naturellement le trafic d’armes US en Colombie a pour objectif le début de la prolifération des
armes en Amérique du Sud et en Amérique Centrale où les Etats-Unis on une histoire pathétique d’impérialisme sanglant et de soutien aux dictateurs.
Bien sûr le commerce des armes est seulement une partie de la gargantuesque machine de guerre des Etats-Unis
qui dépensent $1.2 milliard de dollars par an pour la ‘’sécurité nationale” (incluant le budget du Pentagone, les guerres en Irak et Afghanistan, le budget des armes nucléaires du Département de
L’Energie, le budget de la Sécurité Intérieure et les Anciens Combattants).
Malheureusement les Etats-Unis dépensent autant pour les affaires militaires que tous les autres pays du
monde réunis.
Le pouvoir des entreprises de trafiquants d’armes est très important aux Etats-Unis. Selon un rapport publié
juste la semaine dernière par le Centre de Politique Internationale et de Cause Commune (Center for International Policy and Common Cause) l’industrie des armes a dépensé $144 million en lobbying auprès du Congrès américain en 2010. L’industrie emploie plus de 1.000 lobbyistes, environ
2 pour chaque membre du Congrès.
En 2010 les marchands d’armes ont employé 682 particuliers qui ont supervisé les entreprises d’armement
pendant qu’ils étaient dans le gouvernement. Ensuite, ils sont partis travailler pour ces mêmes firmes.
En ce moment, au Congrès US, un soi-disant “Super Comité”
travaille dans le but de diminuer le déficit du gouvernement américain, envisageant la possibilité d’augmenter les taxes et de réduire les dépenses militaires et sociales. Il y a eu des
hurlements de protestations du Pentagone sur la proposition d’une réduction radicale des dépenses militaires qui aurait une conséquence désastreuse pour la défense du pays. Pourtant, au cours des 4 dernières années les
marchands d’armes ont fait des dons de plus de $1.1 million aux 12 membres du Super Comité.
Un autre exemple récent d’attaque de la démocratie par l’industrie des armes est la réaction de Lockheed Martin, le plus grand contracteur d’armes de la planète, à un projet de résolution non contraignant dans le Comté de Montgomery, Maryland Council
(juste à côté de Washington, D.C., lieu identique de localisation pour Lockheed et le bureau national d’Action Paix - Peace Action).
La résolution mise en avant par la branche locale d’Action Paix, est simple, elle appelle à la fin des
guerres et à la réduction des dépenses militaires afin de financer les emplois et les besoins humains et environnementaux de la communauté. – une position soutenue par une immense majorité de la
population américaine.
Lockheed s’est senti tellement menacé (évidemment) par cette résolution non-contraignante du comté qu’il a
appelé, le gouverneur de l’état du Maryland, le membre du congrès (Chris van Hollen, à qui il avait attribué $10,000 aux dernières élections) et le président du conseil du comté pour bloquer
cette résolution. Ils ont réussi à obtenir le retrait de la résolution, temporairement, mais ils ont eu un revers dans les medias incluant le
Washington Post, habituellement fiable va-t-en-guerre.
Franchement, Lockheed nous a fait une faveur en mettant en lumière jusqu’où on peut aller pour étouffer la démocratie (si la résolution était passée, nous aurions fait une célébration mais il n’y aurait pas eu un iota de
couverture médiatique sur ce qui a été généré par les tactiques de Lockheed sur les armes lourdes.
Lockheed a aussi donné $8.000 au Leon Panetta Public Policy Institute pour une cérémonie de récompense lors
de laquelle Robert Gates, le précédent Secrétaire à la défense (la position devrait être correctement appelée Secrétaire de la guerre) recevra une récompense de Panetta, qui est l’actuel
Secrétaire à la Défense.
Mon collègue Bill Hartung a été cité dans le Washington Post à ce sujet: “Avoir le meilleur entrepreneur de
défense de la nation qui donne de l’argent à un institut qui porte le nom du ministre de la Défense n’a pas la côte’’ a dit Harrtung.
Un autre scandale à noter est le projet des Etats-Unis de dépenser une somme supérieure à $200 milliards (additionnel) de dollars en plus pour “moderniser” tout l’arsenal d’armes nucléaire au cours de la prochaine décennie, avec de nouvelles
technologies modernes de production, de nouveaux vecteurs (missiles, sous-marins et avions) et peut-être même des nouveaux types de têtes nucléaires.
Cet argent supplémentaire de ‘’modernisation’’ d’armes nucléaires amènerait les Etats-Unis à dépenser un
total de plus de $700 milliards de dollars sur 10 ans, une somme scandaleuse quand on connaît les besoins pressants dans notre économie. Naturellement les militants partout aux Etats-Unis œuvrent
pour stopper ces plans absurdes et promouvoir l’abolition des armes nucléaires comme la seule politique nucléaire sensée.
Au cours de cette passionnante année du Printemps Arabe, avec le Wisconsin, les autres manifestations d’opposition au budget des Etats-Unis et l’occupation de Wall Street (les actions d’occupation pour décrier la guerre et l’avidité des
entreprises !), les opportunités ne manquent pas pour les pacifistes pour faire cause communes avec des alliés exigeant une société plus pacifique, plus juste, plus démocratique.
En plus du mouvement d’occupation en continu, le mouvement croissant pour réduire le budget militaire est le
plus important que je n’ais jamais vu aux USA tout au long de mes 27 années de militantisme pour la paix. Le mouvement de la paix fait des alliances avec des syndicats, des organisations
féminines, des groupes sur l’environnement, les besoins humains, les militants pour la justice et les officiels élus localement dans l’appel pour réduire les dépenses militaires afin de créer des
emplois et répondre aux besoins humains et environnementaux.
Il va y avoir une importante opportunité l’année prochaine avec le sommet OTAN/G8 à Chicago où ils vont faire
le lien entre les guerres et l’économie pour nous ! Action Paix avec des alliés locaux, nationaux et internationaux organisera une conférence sur l’éducation et des actions dans la rue pour
exiger la fin de l’OTAN et de la fabrique de guerre américaine, un pays plus juste et équitable et une économie durable. Nous espérons et nous comptons sur les alliées de France, du Royaume Uni,
d’Allemagne, du Canada et des autres pays de l’OTAN pour venir à manifester avec nous à Chicago ! Chicago est bien sûr la ville natale du Président Obama et c’était la mienne aussi, donc si vous
venez je peux vous emmener dans les meilleurs restaurants et les meilleurs clubs de jazz et de blues aussi bien qu’à nos évènements politiques.
Pour finir les élections de l’année prochaine nous donneront l’occasion de faire pression sur les candidats à
tous les niveaux du gouvernement pour faire passer l’argent de la guerre et du militarisme aux emplois, aux besoins humains et environnementaux. Notre campagne de vote pour la paix aidera à
donner aux militants les outils pour faire cela avec les séances d’information et d’approbations aux candidats, contrôles soutenus avec une vigilance constante, guides des électeurs, inscriptions
des électeurs, éducation et effort pour le vote (Get out the Vote GOTV). Le président Obama et la vulnérabilité du Parti Démocrate (plus de 80% des Démocrates enregistrés veulent la fin des
guerres). Cela s’accorde très bien avec notre force dans les bases du mouvement de la paix (ce n’est pas que nous soyons tous Démocrates, nous ne le sommes certainement pas, mais nous avons
beaucoup de liens avec les bases des militants et les structures Démocratiques).
En finir avec les guerres, réduire les dépenses militaires, abolir les armes nucléaires et créer une société
plus juste, tout cela est au centre de la mission d’Action Paix et du Mouvement de la Paix, mais il y a aussi la reconnaissance et l’encadrement d’une vision plus large du moment historique que
nous habitons et les possibilités qu’il offre. J’aime la structure des études de l’expert norvégien pour la paix, Johann Galtung utilise – sur le
Déclin de l’empire américain et l’épanouissement de la République américaine.
Tous les empires ont eu une fin, tous. Il nous appartient de mettre une fin à l’Empire américain aussi
rapidement et sans violence que possible et d’utiliser les ressources libérées (un “dividende de la Paix” si vous préférez) pour aider à habiliter les gens à réaliser l’épanouissement de la
République – pacifique, équitable, durable et juste – qui suit une destitution d’Empire.
Il y a quelques années, au cours d’un repas, une conversation que j’avais avec mes enfants qui ont maintenant 17 et 13 ans, révélait qu’ils pensaient que les Etats-Unis seraient toujours en guerre. Et
pourquoi ne l’auraient-ils pas pensé ? Cela a été sûrement le cas pendant pratiquement toute leurs vie (et franchement pour la plus grande partie de l’histoire de notre pays). C’est inacceptable pour moi que les enfants dans mon pays, ou ceux d’Irak, d’Afghanistan, de Gaza, au du Congo, de Somalie, de Colombie ou n’importe où ailleurs
aient à vivre avec cette expectative, ou même pire, cette réalité quotidienne. Pour leur futur nous ne pouvons pas continuer sur cette voie insoutenable dans laquelle nous sommes engagés. Comme
le grand pacifiste américain A.J. Muste nous l’a enseigné, “Il n’y a pas de chemin à la paix. La paix est le chemin.”
Kevin Martin est directeur exécutif d’Action Paix, la plus grande organisation de paix et de désarmement du
pays avec 100000 membres et Presque 100 filiales et branches aux USA.