10 ans en 1936

Publié le par Patrick Kaczmarek

10 ans en 1936

10 ans en 1936

 

Voilà 80 ans qu’elles sont chaque année sur le calendrier familial de chacun(e).

Elles font partie d’un ensemble de droits sociaux gagnés par les luttes des travailleurs et travailleuses pour changer leur vie au travail et dans la cité.

Cette conquête s’inscrit dans un mouvement irrésistible de la société qui a durement secoué le capitalisme. C’est le Front Populaire représentant une victoire politique unitaire.

Le 3 mai 1936, le Front Populaire remporte brillamment les élections législatives. Quelques jours plus tard, les grandes grèves avec occupation des usines s’étendent dans toute la France.

Le gouvernement de Front Populaire est formé par Léon Blum. Il comprend 16 socialistes, 14 radicaux, 2 USR ; le Parti communiste n’y participe pas mais apporte un soutien déterminé.

3 jours plus tard sont signés les accords Matignon qui consacrent les principales revendications sociales :

  • Augmentation des salaires ;

  • Extension des conventions collectives ;

  • Création de la semaine de 40 heures ;

  • Installation des Délégués du Personnel ;

  • Les 15 premiers jours de congés payés (qui permettent de vraies vacances)

La satisfaction de ces revendications a de nombreuses incidences positives sur l’économie de notre pays : sur l’industrie (transports en tous genres), dans les domaines de la santé, du tourisme, de la culture…

Bien sûr, les conséquences des nouveaux droits sociaux ne sont pas vécues de la même façon selon les différences de situation des travailleurs et de leurs familles.

Celles et ceux de la ville, durement exploités dans les usines, dont les besoins de changement de vie sont grands et exigeants, profitent le plus des succès du Front Populaire. D’autres catégories connaissent des inégalités telles les travailleurs-euses de la terre ou les isolés.

En 1936, j’avais 10 ans, mon père était cantonnier du chemin de fer sur des voies de campagne, ma mère, cheminote aussi, était garde-barrière. Nous habitions dans le logement du « passage à niveau » éloigné du village. Nous n’avons pas connu la mer. Ce n’est qu’après la guerre que nous y sommes allés en famille.

Durant l’été 36, vacances et 40 heures permirent de se consacrer davantage au jardin. De se reposer après le travail en s’allongeant dans l’herbe au soleil printanier ou pour mon père de faire sa partie de cartes au bistrot du village.

Le droit aux vacances, à l’époque, n’a pas été vécu pareillement pour les uns ou les autres. Les couples enthousiastes et  colorés, défilant à vélo ou tandem vers les lieux de vacances, nous les avons seulement vus…

Une anecdote sur les congés payés de ma mère… Son chef lui avait dit : « vous aussi, vous avez droit aux congés, vous les prendrez comme vous voulez… Si vous partez, vous proposerez à une personne de vous remplacer en mettant votre logement à sa disposition. » Quel mécontentement de ma mère à l’idée de ne plus être maître de sa maison !

Le Front Populaire qui généra l’ensemble des conquêtes sociales fut une grande victoire politique dont l’unité ouvrière et de la gauche assura la déroute de ses forcenés adversaires.

Toute la société en fut imprégnée – même les enfants… Un souvenir du gosse de 10 ans que j’étais : je me rappelle qu’à l’école nous dessinions les 3 flèches, logo du Front Populaire et nous les épinglions sur nos blouses.

Pour autant, ce progrès social n’est pas définitivement acquis. L’action des travailleurs dût se poursuivre pour le défendre - contre la volonté de revanche du patronat et de ses soutiens politiques – et dans les conditions d’un environnement international dominé par la menace du fascisme avec Franco en Espagne et Hitler en Allemagne et leurs agitateurs dans notre pays.

Roger ROUCOUX
Premier ancien secrétaire
de la CGT Picardie
90 printemps de luttes

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