Mercredi 25 mai dès 17h30, départ de la place Dewailly à Amiens: Chaîne humaine pour éviter l'expulsion de 13 élèves des lycées Amiénois et Abbevillois

Publié le par Patrick Kaczmarek

Nous, enseignants, travailleurs, élèves, des LP Boucher de Perthes à Abbeville, La Hotoie, Romain Rolland et l’Acheuléen à Amiens, des lycées Robert de Luzarches et Louis Thuillier à Amiens, nous, militants du RESF de la Somme, demandons tous ensemble un toit et des papiers pour 13 jeunes majeurs venus d’Afrique scolarisés dans ces lycées en 2016-2017. Nous demandons un toit et des papiers pour eux et pour tous les jeunes des établissements scolaires de la Somme qui vivent tous les jours dans la peur de ne pas manger, dans la peur de dormir dehors, dans la peur d’être bientôt chassés hors de notre pays.

Aucun d’entre eux n’a de titre de séjour pour vivre sereinement sa scolarité.

Alassane, Ariane, Jeans, sortis d’un pays où leur minorité ne le permettait pas, ont, à leur insu, fui leurs souffrances avec une identité d’emprunt. La préfecture, alors qu’elle pouvait s’en dispenser, a soumis leur cas au procureur.

Hamidou, Joël, Précious, fuyant Ebola, la guerre, la faim, ont fait un périple de plusieurs années; ils sont entrés en Europe en traversant la Hongrie ou l’Italie; le Préfet veut les y reconduire.

Obed, considéré comme majeur après un test osseux demandé par le Conseil Départemental, n’a pu déposer de demande d’asile parce que l’OFPRA le considère comme mineur.

Linda ne peut demander de titre de séjour parce qu’elle vit dehors, et que Monsieur le Préfet n’accepte pas l’adresse CCAS que lui a fournie la ville.

Ailton devrait retourner en Angola pour obtenir un extrait de naissance rédigé en portugais.

De même, Lina devrait rentrer en Algérie après le passage de son bac pour obtenir, dans un pays où elle ne connait personne, le visa jugé indispensable par le Préfet.

Almar ne sera plus autorisé à rester en France après les épreuves du bac, le 6 juillet.

Thierno, sous le coup d’une OQTF, vit tous les jours dans la peur.

Mayeye attend que la Guinée lui délivre enfin un des passeports qu’elle délivre au compte-goutte.

A chacun de ces jeunes, Monsieur le Préfet a une mauvaise raison de ne pas accorder de titre de séjour. Une très mauvaise raison, parce que le seul véritable motif, c’est que notre République ne sait plus respecter les traditions d’accueil et de fraternité qui avaient jadis fait son honneur.  Sur les 88 265 mineurs étrangers isolés arrivés en Europe en 2015, la France n’a officiellement enregistré que 320 demandes d’asile, soit 0,36% du total européen ; la même année, la Suède en a enregistré 35250, la Norvège, plus de 5000…

 

Voilà ce qu’est devenue la France sous les gouvernements successifs de Sarkozy et Hollande : un pays recroquevillé sur lui-même, un pays qui nous fait honte, un pays auquel l’Allemagne de madame Merkel peut maintenant donner des leçons d’humanités.

Voilà pourquoi ces 13 jeunes majeurs étrangers scolarisés n’obtiennent pas de papier. Parce qu’à force d’avoir peur de la montée du Front National, nos responsables politiques pratiquent une politique d’exclusion dont les Frontistes eux-mêmes n’osaient rêver.

Voilà pourquoi plusieurs de ces 13 jeunes vivent tous les jours dans la rue; en devenant majeurs sans papiers, ils n’ont pas d’hébergement, pas de bourse, pas d’aide alimentaire.

Voilà pourquoi après la  fermeture des internats scolaires en juin, d’autres élèves déjà dehors en fin de semaine, les rejoindront dans la rue tous les jours. Parce que la Préfecture ne leur donne pas de papier, parce que le Conseil Départemental ne leur donne rien pour vivre alors que c’est son devoir, parce que les associations exigent des papiers pour les accueillir.

A Amiens, dans la Somme, ces jeunes qui ont fui la guerre, la misère et la maladie sont quelques-uns des 0.36% qui ont pu mettre le pied sur notre territoire. Jusqu’à ce jour, grâce à ce service public qui aujourd’hui encore nous honore, ils ont l’école. Monsieur le Préfet, donnez-leur des papiers pour qu’ils aient un toit et de quoi manger! Nous, enseignants, travailleurs de l’éducation, militants du RESF, citoyens du monde, voulons être fiers de notre République!

 

Que vont-ils devenir l’année prochaine ?

 

Alassane SYLLA, Linda NGALULA, Ariane LINDA LUKAU, Almar SYLLA, Thiirno-Sadou CONDÉ, Ailton MUDIAKI, Jeans NDOMBASI, Joël OKONGA, Hamidou CAMARA, Mayeye FADIGA, Obed Edom KUMUTUA MAKEMBELE, Lina MEGARI. Précious THOMAS

 

Quels points communs entre toutes ces personnes ? Elles ont toutes entre 18 et 22 ans. Ca pourrait être votre enfant, votre camarade de classe, votre grand frère ou votre grande soeur. Ils sont tous scolarisés dans un lycée amiénois. À l’Acheuléen, à Thuillier, à Luzarch, à La Hotoie, à Boucher de Perthe. Ils préparent leur bac, font leur contrat d’apprentissage. Comme tous les élèves.

 

Comme tous les élèves, ils sont préoccupés par leur avenir. Quelle orientation ? Quel établissement ? Quelle filière ? Mais pour eux, d’autres questions vitales se posent. Des questions plus compliquées. Plus angoissantes.

 

Car en plus de leur vie de lycéen, ces adolescents vivent dans la peur. Pour certains, la peur du soir, du moment où ils doivent contacter le 115 pour un logement d’urgence. La peur de s’entendre dire qu’il n’y a plus de place et qu’il faudra alors dormir dans la rue. Tenter de dormir car le lendemain, il faudra retourner en stage.

 

Pour d’autres, la peur de la police qui peut venir les chercher à tout moment pour appliquer l’OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) qui leur a été signifié. Pour ceux-là, l’école est le seul endroit où ils se sentent en sécurité. Pour d’autres encore, la peur de la fin de mois, ou plutôt du début de mois. Comment tenir, manger, aller en cours avec 90€ par trimestre ?

 

Et pour tous, la peur du mois de juillet.

 

Car au mois de juillet, ils seront dans l’angoisse. Il n’y aura plus que cela. Plus d’école où se réfugier. Plus de toit où dormir, où vivre. Plus le droit d’être ici, parmi nous. Alors qu’ils ne veulent qu’une chose : poursuivre leurs études en France.

 

Chaque situation est différente. Une est dans l’obligation de partir, seule, dans un pays devenu étranger, pour obtenir un hypothétique visa lui permettant de continuer sa scolarité. Une autre a une adresse ne répondant pas aux canons de la préfecture et se retrouve dans l’impossibilité de demander un titre de séjour. Pour celle-ci, le dossier de régularisation est bloqué car il manque un extrait d’acte de naissance provenant de son village d’origine. Pour d’autres, c’est l’assurance de perdre sa  place en foyer, sans solution alternative.

 

Chaque cas déborde de tous les côtés des cases dans lesquelles l’administration veut les mettre. Car tout ceci est organisé, par des lois. Tout ceci est fait en notre nom.

 

Ne l’acceptons pas ! Ce ne sont pas des numéros que l’on met dans des boîtes. Ce sont des adolescents. Des élèves comme les autres à qui il faut permettre de poursuivre leurs études. Et pour cela, commençons par leurs donner le droit de vivre parmi nous, puis un endroit pour vivre, pour qu’ils puissent aller à l’école.

 

Pour Ailton, nous demandons des papiers, un toit et une école.

Pour Lina, nous demandons des papiers, un toit, une école. 

Pour Ariane, des papiers, un toit, une école.

Pour Linda des papiers, un toit, une école.

Pour Almar des papiers, un toit, une école.

Pour Thiirno-Sadou des papiers, un toit, une école.

Pour Alassane des papiers, un toit, une école.

Pour Jeans des papiers, un toit, une école.

Pour Joël des papiers, un toit, une école.

Pour Hamidou des papiers, un toit, une école.

Pour Mayeye des papiers, un toit, une école.

Pour Oued Edom des papiers, un toit, une école.

Pour Précious des papiers, un toit, une école.

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