Genève 3 / la position des Kurdes du Rojava

Publié le par Patrick Kaczmarek

Ehmed : personne ne peut contester aux FDS où il doivent avancer / partie 1

 

İlham Ehmed, la co-présidente du Conseil démocratique syrien (CDS), a souligné que la Turquie ne veut pas de la concrétisation du libre-arbitre politique du Rojava et de la résolution de ses problèmes.

 

Ehmed s’est entretenue avec les Nouvelles de l’Euphrate sur les derniers développements militaires au Rojava, les attaques de la Turquie sur le Rojava et sur l’état des pourparlers de Genève 3. Nous publions ci-dessous la première partie de son interview.

 

« LA TURQUIE NE VEUT PAS D’UNE SOLUTION AU ROJAVA »

 

Quelle est votre évaluation de l’escalade des récentes attaques de la Turquie au Rojava ?

 

Ce n’est pas la première fois que la Turquie attaque le Rojava, elle l’a déjà attaqué depuis un moment. La Turquie est hostile au Rojava depuis le commencement de la révolution ici. Elle ne veut pas de la concrétisation du libre-arbitre politique du Rojava et de la résolution de ses problèmes. Pour ces raisons, la Turquie soutient parfois les gangs qui ciblent le Rojava et, d’autres fois, bombarde le Rojava elle-même. La Turquie a accru récemment ses bombardements sur le Rojava pour de multiples raisons.

 

AZAZ N’EST PAS LA RAISON DES BOMBARDEMENTS…

 

La Turquie a déclaré que ses récentes attaques visent à faire obstacle aux opérations militaires des FDS [Forces démocratiques syriennes] ciblant Azaz, mais ce n’est pas le cas.

 

La véritable raison des attaques de la Turquie est qu’elle est hors-jeu dans l’équation politique en Syrie et qu’elle essaie de devenir un protagoniste dans la région en attaquant le Rojava.

 

La majorité des forces de l’opposition [à Bachar al-Assad] dans la région [de Azaz] est loyale à Jabhat al-Nosra, et tous ces groupes ont été sous la protection de la Turquie. Ces groupes sont ses obligés sans programme politique, la raison pour laquelle ils se sont enfuis après les récents bombardements russes. Cette situation a permis les récentes avancées du régime syrien.

 

Quelle est la politique des FDS dans cette affaire ?

 

Les FDS ont essayé de contenir l’avancée des forces du régime en s’emparant des zones évacuées par les djihadistes. La Turquie a été fâchée de cette position des FDS et a accru ses attaques contre le Rojava. Avec ses attaques, la Turquie essaie de dire à la communauté internationale qu’elle conserve de l’influence dans cette région et que celle-ci doit en tenir compte sérieusement.

 

« LA TURQUIE CHERCHE UNE EXCUSE POUR ENVAHIR LE ROJAVA »

 

La Turquie a imputé aux YPG l’attaque d’Ankara portée par les TAK [les Faucons de la liberté du Kurdistan], dans quel but ?

 

En accusant les YPG pour cette attaque, la Turquie a voulu dépeindre les YPG comme une organisation terroriste et créé les fondements pour une attaque qu’elle veut porter contre le Rojava. Avec cette accusation, la Turquie veut aussi stopper le soutien international et la coordination militaire avec les FDS.

 

La Turquie a tenté d’attribuer l’attaque aux YPG et prétendu que l’attaquant était originaire d’Amuda, mais cette tentative a échoué. Les officiels turcs ont rencontré les représentants des puissances internationales juste après l’attaque, mais leurs réclamations n’ont pas été payées de retour. Les réclamations de la Turquie sont fausses parce que les YPG n’ont jamais visé la Turquie, même durant ses attaques et bombardements qui ciblaient Kobanê. La principale stratégie des YPG est la défaite de Daech et la réalisation du changement démocratique en Syrie. Les fausses accusations de la Turquie n’ont convaincu personne.

 

LA TURQUIE VEUT CONTRÔLER LA PORTE DE AZAZ

 

Pourquoi la Turquie attache-t-elle une telle importance à Azaz, et quel en est réellement l’enjeu majeur ?

 

La Turquie veut contrôler la porte de Azaz parce qu’elle distribue des armes aux gangs par ce nœud frontalier. La Turquie est embarrassée par la fermeture de la route entre Azaz et Alep parce que c’est la zone d’où elle voudrait développer sa politique ; par ce nœud frontalier et Alep entrer en territoire syrien. Après la fermeture de cette route, la Turquie s’est retrouvée bloquée et a donc porté son dévolu sur Azaz. A part cela, Azaz n’a aucune signification pour la Turquie.

 

De plus, il est bien connu que les FDS combattront la terreur de Daech partout où elle sévit. Les zones où les FDS ont avancé le plus loin sont celles précédemment tenues par Al-Nosra, qui est sur la liste des organisations terroristes. Ceux qui n’ont pas agi avec Al-Nosra dans ces zones ont rejoint les rangs des FDS et mènent un rude combat contre aussi bien Daech qu’Al-Nosra.

 

LES BOMBARDEMENTS TURCS DOIVENT CESSER

 

Quelle sera votre réponse dans l’éventualité où la Turquie poursuive son agression contre le Rojava ?

 

Nous ne croyons pas que la Turquie puisse poursuivre cette politique du fait qu’elle endure de lourds et insolubles problèmes à l’intérieur de ses propres frontières. En fait, la Turquie s’efforce de faire beaucoup de bruit pour camoufler sa situation intérieure aux yeux du monde.

 

L’État turc commet un massacre contre la population civile à Amed [Diyarbakir], Sur, Nusaybin, Cizre, Silopi et beaucoup d’autres lieux, et cet état de fait est toujours à l’ordre du jour mondial. La Turquie est critiquée pour cela, la raison pour laquelle elle veut attirer l’attention sur le Rojava afin de cacher ses propres échecs.

 

La Turquie doit arrêter ses attaques et abandonner cette approche sur le Rojava. Elle n’a aucun droit à bombarder Afrin et Tell Rifat où se trouvent des civils. Ces actes ne servent les intérêts de la Turquie d’aucune manière. La Turquie doit être convaincue qu’elle ne peut bombarder ses voisins quand bon lui semble. [La Syrie] est une région différente, une frontière différente et un pays différent avec sa souveraineté. La Turquie doit respecter les lois internationales. Les Nations Unies ont appelé la Turquie à y obéir. De ce point de vue, notre politique n’est pas polarisée par la surestimation de cette affaire. Nous agissons autrement.

 

Nous n’avons pas déclaré la guerre à la Turquie jusqu’ici, ni n’adopterons une telle position, mais la Turquie doit stopper ses bombardements. Notre patience a des limites.

 

Lundi 22 février 2016, 11:00 AM

Genève - ANF - Serkan Demirel

 

Ehmed : trois régions fédérales seront formées en Syrie / partie II

 

İlham Ehmed, la co-présidente du Conseil démocratique syrien (CDS), a déclaré que se discute en ce moment un système fédéral en Syrie dans lequel les Kurdes, dans une Syrie du Nord fédérale, soutiendront une organisation autonome dans le système qu’ils ont construit.

 

GENÈVE 3 NE PEUT ABOUTIR

 

Il est prévu que les pourparlers en echec de Genève 3 reprennent le 25 février, mais les développements actuels sur le terrain peuvent déboucher sur une nouvelle suspension. Qu’en pensez-vous ?

 

Nous ne croyons pas que les pourparlers peuvent se tenir dans ces circonstances. Genève 3 ne peut aboutir du tout. La situation de l’opposition est différente maintenant de ce qu’elle était avant la réunion de Genève. Elle était présente dans et autour d’Alep avant, mais l’a perdu, aussi, maintenant. Si le régime de Damas prend l’entier contrôle d’Alep, il va alors refuser les négociations parce qu’il n’y aura plus d’opposition.

 

UN SYSTÈME FÉDÉRAL EN SYRIE EST EN DISCUSSION

 

Qu’en est-il des forces du Rojava ?

 

Au stade actuel, les Kurdes et les autres forces du Rojava sont déterminés à transformer le système syrien par leurs succès militaires et la politique qu’ils mettent en avant là où ils sont présents. Se discute en ce moment un système fédéral en Syrie dans lequel les Kurdes, dans une Syrie du Nord fédérale, soutiendrons une organisation autonome et le système qu’ils ont construit.

 

Pensez-vous que le système existant en Syrie pourra déboucher sur une structure fédérale, et une décision à ce sujet a-t-elle déjà été prise ?

 

Je ne veux pas aborder ce sujet en détail pour l’instant. Ce qui est essentiel, c’est le combat mené au Rojava et la nécessité d’achever la démocratisation de la Syrie dans la continuité de cette lutte.

 

Les observations faites pendant les discussions des structures qui impliquent les puissances internationales, sont pour la formation de trois régions fédérales en Syrie. C’est ce qui est voulu par les peuples de Syrie et les Etats, partis et groupes qui recherchent une solution politique pour le pays. Américains et Russes sont aussi de la même opinion.

 

Cette décision a-t-elle déjà été prise, et comment la formation de trois régions fédérales sera-t-elle reconnue ?

 

Comme je viens de le dire, je ne veux pas entrer dans le détail de ce dossier pour le moment. Toutefois, je peux dire que c’est cette idée qui va être en discussion à partir de maintenant ; c’est-à-dire la formation d’une Syrie fédérale par la constitution d’une Syrie du Nord, d’une Syrie du Sud et d’une Syrie centrale. Chacune de ces régions fédérales préservera ses propres particularités d’identités et diversités ethniques. Chaque région fédérale aura son propre parlement. C’est tout ce que je peux dire pour le moment.

 

Qu’en est-il de l’attitude du régime et de l’opposition sur la formation de ce système fédéral en projet ?

 

En comparaison avec l’opposition, le régime est beaucoup plus modéré sur le sujet. Ceux qui sont à la recherche d’une solution politique en Syrie croient que la crise syrienne peut être résolue par ce système.

 

Si cela se passe comme vous le dites, Genève 3 deviendra sans intérêt. Dans ce cas, aboutira-t-on à une figure de la Syrie prévue par les Kurdes depuis le tout début ?

 

Je ne veux pas en dire plus sur le sujet. Attendons pour voir.

 

Une dernière chose, je voudrais vous demander ce qu’il adviendra du régime syrien, et s’il pourra continuer avec Assad dans un tel cas de figure.

 

Une élection qui impliquera les trois régions fédérales pourra se tenir de sorte que le peuple choisisse qui il veut.

 

A la suite des initiatives militaires des Forces démocratiques syriennes, est-il temps d’unifier le Canton d’Afrin avec les autres cantons ?

 

Cela requiert quelque temps pour unifier ce front. Les opérations militaires visent non seulement à unifier les cantons mais aussi à éliminer la menace de Daech dans ces régions. Daech est une menace majeure sur ce front, non seulement pour les Kurdes mais pour les Arabes aussi. Cette menace doit être éliminée.

 

Despite Turkey's growing reaction, does the U.S. also want the unification of this line?

 

Malgré la réaction grandissante de la Turquie, les États-Unis veulent-ils aussi l’unification de ce front ?

 

Les États-Unis et la Russie savent que c’est Daech qui fait obstacle à l’unification des cantons et que son élimination permettra l’achèvement de cet objectif.

 

Mardi 23 février 2016, 8:30 AM

Genève - ANF - Serkan Demirel

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