Primaire à gauche

Publié le par Patrick Kaczmarek

Les communistes voient d’un bon œil cette primaire qui leur permettrait de relancer un débat sur «la vraie gauche».

Partants. Au Parti communiste, l’appel de Notreprimaire lancé lundi a été accueilli comme la «bonne surprise» de ce début d’année. «Tout cela va dans la bonne direction, explique à Libération Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. Le contenu de cet appel et la qualité des signataires permet de ne pas perdre espoir pour la gauche dans ce pays. Les communistes se montreront disponibles.»

Lundi soir, lors de ses vœux présentés au siège de son parti, place du Colonel-Fabien à Paris, le secrétaire national des communistes, Pierre Laurent, a fait savoir que sa «porte [était] ouverte», proposant même un premier rendez-vous en mars : «On me dit primaire, ce n’est pas ma culture, mais je dis discutons, échangeons, construisons.»

«Socle commun»

Le parti se montre même prêt à voir François Hollande s’y présenter. «Il ne doit pas y avoir de préalable», dit Dartigolles, qui ajoute tout de même un codicille : «Si ce processus se traduit par une désignation de François Hollande sur ses orientations actuelles, nous n’en serons pas.» Pour eux, c’est au chef de l’Etat de revenir vers ceux qui l’ont élu en 2012. Sinon, il est hors-jeu.

Les communistes comptent ainsi peser sur les débats nationaux et locaux qui pourraient être organisés durant cette primaire pour prouver que le «cœur de la gauche», comme ils disent, n’est pas raccord avec les positions du gouvernement aujourd’hui. Grâce au «bouillonnement des idées à gauche», insiste Dartigolles, le PCF espère bâtir un «socle commun» des futurs candidats différent de la politique menée par Hollande et Valls.

Pierre Laurent avait d’ailleurs débuté l’année en actant le fait que le Président n’était plus «de gauche». «Son programme actuel, le programme qu’il met en œuvre tous les jours n’est pas un programme de gauche», avait tranché le patron du PCF la semaine dernière appelant déjà, sans avoir décidé du processus, à la désignation d’un «vrai candidat de gauche».

Terrain de jeu

Les communistes peuvent tirer un triple avantage de cette initiative. D’abord, cette primaire leur offre le terrain de jeu qu’ils espèrent depuis 2012 : celui d’un débat sur ce qu’est «la vraie gauche» pour être ensuite une des forces centrales de «l’union» et rassembler, autour de propositions communes, une partie du Front de gauche, des écologistes et des socialistes. Obliger ensuite Hollande - s’il est candidat à sa succession - à revenir auprès du camp qui l’a élu en 2012 et le pousser, dans les six prochains mois, à revoir son orientation.

Enfin, ne plus avoir pour seule et unique option pour 2017 le scénario d’un nouveau soutien à Jean-Luc Mélenchon. Lequel ne veut pas entendre parler de primaire (lire ci-contre) mais verrait d’un bien mauvais œil ses alliés s’y embarquer : s’il bénéficie d’une forte popularité auprès de la base communiste, le leader du Parti de gauche a besoin du soutien logistique et financier de l’appareil PCF et des signatures de ses élus. «Nous sommes dans une situation politique nouvelle. Il y a aujourd’hui une menace sur l’idée même de gauche dans ce pays, souligne Dartigolles. Si rien ne se passe dans le semestre qui vient, le débat politique sera préempté par la droite avec sa primaire. Pourquoi la gauche ne serait-elle pas capable elle aussi d’un grand bouillonnement d’idées ? On ne peut pas dire après les régionales que "tout doit changer" et laisser ensuite passer des opportunités pour faire du neuf !»

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