Après les élections en Turquie

Publié le par Patrick Kaczmarek


 

Après les Élections en Turquie du 7 juin 2015

 

Ce dimanche7 juin 2015 ont eu lieu des élections législatives en Turquie et nous tenons à féliciter les électeurs du choix qu’ils ont fait en envoyant au Parlement d’Ankara 79 députés du parti HDP. Ce parti est issu des mouvements kurdes proches du PKK mais il accueille dans ses rangs des représentants de communautés turques minoritaires soumises elles aussi à des pressions venant du pouvoir central : des arméniens, des syriaques, des yézidis, des alévis, des assyro-chaldéens. Ces mouvements étaient présents parmi les candidats aux élections du 7 juin en même temps que des représentants de mouvements de jeunes et de femmes.

Les femmes représentaient la moitié des candidats et elles sont aujourd’hui 40 élues sur 79. Plusieurs candidat(e)s non kurdes ont été élu(e)s. Nous observons aussi à la fois un retour vers le HDP de kurdes qui étaient en désaccord avec le PKK et les suffrages de turcs, notamment des intellectuels, voyant dans le HDP une réelle voie de changement politique. Selahattin Demirtas, coprésident du HDP, qui est venu souvent en France, apparait comme une figure crédible pour l’avenir de la Turquie. Je l’avais rencontré lors d’un débat que j’animais au Sénat ainsi qu’à Diyarbakir, capitale du Kurdistan.

Pour nous faire rougir, notons que le taux de participation aux élections approche 90 % !

Pour avoir une représentation nationale, selon la loi électorale turque, le HDP devait dépasser les 10%. Avec 12,6 % le pari est tenu malgré tous les obstacles qui ont été mis sur sa route : assassinat de plus de 10 militants en campagne, double attentat à Diyarbakir pendant le meeting de Demirtas (4 morts et des centaines de blessés dont certains gravement) ou les arrestations de nombreux militants ayant été désignés comme assesseurs dans les bureaux de vote la veille des élections. De nombreuses irrégularités ont été observées dans le déroulement du dépouillement et des  sacs pleins de bulletins de vote ont disparu entre certains bureaux de vote et la centralisation en Préfecture.

Espérons que, comme cela s’est produit après de récentes élections, il n’y ait pas d’arrestations arbitraires parmi ces nouveaux élus.

Ce score réellement national et les 79 élus ouvrent la voie à des changements importants dans la vie politique turque. Les propositions de paix faites par le PKK et son président Oçalan ne pourront pas rester sans réponse. La position plus qu’ambigüe de la Turquie, en fait son soutien à Daesh, dans le conflit au Rojava, Kurdistan syrien, pourra être dénoncée avec encore plus de vigueur. Comme nous en avons souvent parlé, la situation des kurdes en Turquie est un facteur grave de déséquilibre au Proche Orient et tout ce qui pourra faire avancer la paix dans ce pays fera aussi avancer la paix dans la région.

C’est tout l’espoir que nous ressentons aujourd’hui et nous avons partagé cette joie avec des centaines de kurdes, arméniens, yézidis et sans doute bien d’autres, place de la République à Paris, en ce soir d’élection. Cette joie était mêlée de gravité car tout le monde était conscient des difficultés restant à surmonter et de l’immense travail qui reste à faire.  La dynamique est lancée et nous pouvons leur faire confiance pour qu’elle ne faiblisse pas.

Paris le 7 juin 2015

Publié dans POLITIQUE

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