Après les Élections en Turquie du 7 juin 2015

Publié le par Patrick Kaczmarek

Après les Élections en Turquie du 7 juin 2015

Ce dimanche7 juin 2015 ont eu lieu des élections législatives en Turquie et nous nous félicitons de l’émergence d’un parti, le HDP, dont le programme, en partant de la défense des droits des kurdes, se veut le défenseur de toutes les minorités ethniques, sociales, culturelles et religieuses pour la totalité de leurs droits à la démocratie. Il accueille ainsi dans ses rangs des représentants de communautés turques minoritaires soumises elles aussi à la répression venant du pouvoir central : des arméniens, des syriaques, des yézidis, des alévis, des assyro-chaldéens.

Les électeurs ont envoyé au Parlement d’Ankara 80 députés de ce parti. Les femmes représentaient la moitié des candidats, elles sont la moitié des élus aussi. Plusieurs candidat(e)s non kurdes ont été élu(e)s. Les commentateurs mettent en avant le soutien à ce parti de kurdes qui s’étaient éloignés de ses composantes ainsi que de citoyens turcs non kurdes, notamment des intellectuels, qui approuvent le rassemblement social de la société civile et politique proposé. Il a permis de rassembler un très large éventail d’aspirations politiques, en particulier les revendications restées sans réponse après la répression des manifestants de la place Taksim à Istanbul. Cette façon de commencer à fédérer les forces vives de la société turque est porteuse d'avenir même si elle comporte aussi des éléments de fragilité. La preuve est faite que l’on peut dépasser ce qui était présenté, à tort, comme une opposition irrémédiable entre turcs et kurdes. Les deux co-Présidents du HDP, Selahattin Demirtas et Figen Yügsekdag , apparaissent comme crédibles pour un avenir de paix en Turquie.

Avec un taux de participation approchant 90 %, le score de 13,1 % pour le HDP a été obtenu malgré tous les obstacles qui ont été mis sur sa route : assassinat de plus de 10 militants pendant la campagne, double attentat à Diyarbakir pendant le meeting de Demirtas (4 morts et des centaines de blessés dont certains gravement) ou les arrestations la veille des élections de nombreux militants désignés comme assesseurs dans les bureaux de vote. Des irrégularités ont été observées dans le déroulement du dépouillement. Espérons que, comme cela s’est produit après de récentes élections, il n’y ait pas d’arrestations arbitraires parmi ces nouveaux élus.

Avec 13,1%, le HDP ne bouleverse pas l’équilibre des forces en présence au Parlement même s’il prive le parti au pouvoir de la majorité absolue. L’important est surtout la dynamique qui est impulsée par la présence officielle d’un parti émanant de la forte minorité kurde pour s’adresser à tout le peuple turc. Les propositions de paix faites par le PKK et son président Oçalan ne pourront plus rester sans réponse et la libération de ce dernier devient une nécessité. Le soutien de la Turquie à Daesh dans le conflit au Rojava, Kurdistan syrien, pourra être dénoncé avec encore plus de vigueur.

Comme nous en avons souvent parlé, la question kurde en Turquie est un facteur grave de déséquilibre au Proche Orient et tout ce qui pourra faire avancer la paix dans ce pays fera aussi avancer la paix dans la région. La joie exprimée dans de nombreuses villes, le soir de l’élection, était mêlée de gravité car chacun était conscient des difficultés restant à surmonter et de l’immense travail qui restait à faire.  La dynamique est lancée et elle ne doit pas faiblir.

Pour le Mouvement de la paix, le résultat des élections en Turquie a valeur d’exemple en montrant que la lutte politique, dans l’union et la tolérance comme l'a proposé le HDP, peut faire avancer vers plus de démocratie, de liberté et moins de violences.

 

Contact :

Yves Jean Gallas : yves-jean.gallas@mvtpaix.org

Roland Nivet : roland.nivet@mvtpaix.org

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